08 | Le pouvoir féminin dans les médias en RDC
Des notes d'épisodes
« La parole est un pouvoir ». En République Démocratique du Congo, les femmes sont très présentes dans les médias. L’émission « Tribune des femmes », diffusée par la chaîne publique RTNC, en est notamment l’illustration. Après 25 ans d’engagement, elle est devenue une véritable institution du paysage médiatique du pays. Pourtant, cette présence féminine reste en partie symbolique et ne se traduit pas par un véritable pouvoir sur le plan politique. À quoi cela tient-il, et que peut-on faire concrètement pour rendre la voix des femmes encore plus audible ? Dans l’épisode 8 du podcast « Les rêves des léopards rouges », nous nous sommes penchés sur cette question importante. C’est ainsi qu’au Studio Fritz, à Kinshasa, le 21 juillet 2026, ont contribué à la discussion:
- Anne Marie Makombo : Présidente a.i du parti politique Ligue des Démocrates Congolais (LIDEC) et députée honoraire
- Odette Babandoa : Ministre honoraire des transports et Présidente du parti politique " l'Union des Patriotes Républicains", UPR
- Faida Mwangilwa : Ministre honoraire du genre famille et enfant, président du BCG PCD
- Simon Mboso Kiamputu : Consultant international et ministre honoraire de l'industrie et PME, Député national honoraire. Président d'un parti politique
- Souzy Kibira : Journaliste à la RTGA (modération)
Production : John Makasi
Vous trouverez tous les épisodes du podcast « Les rêves des léopards rouges » sur https://congo.fes.de/podcast.html https://www.youtube.com/@FESGlobal
N'hésitez pas à vous abonner sur https://podcasts.apple.com/gb/podcast/les-r%C3%AAves-des-l%C3%A9opards-rouges/id1880696944 https://open.spotify.com/show/1hrGT55TjY87bAuBHxdBzR
Afficher la transcription
00:00:02: Orateur Les femmes dans les médias en RDC. Comment transformer la présence des femmes en pouvoir d'influence réelle ? Les rêves des léopards rouges, politique et société en RDC. Un podcast de la Fondation Friedrich Ebert. Depuis le Studio Fritz, à Kinshasa, madame Suzy Kibira.
00:00:20: Suzy Kibira Mesdames et messieurs, merci pour votre attention. Nous sommes là dans une émission spéciale en hommage aux 25 ans de l'existence de la grande émission Tribune des femmes, animée par madame Christine Lenzo qui est journaliste productrice des émissions à la Radio-Télévision Nationale Congolaise, avec comme conceptrice et productrice des émissions : madame Odia Malaïka. Nous sommes honorés d'être reçus dans le Studio Fritz, à la Fondation Friedrich Ebert, avec comme invitée de marque, nous avons sur ce plateau, madame Anne-Marie Makombo. Bienvenue sur le plateau.
00:01:04: Anne-Marie Makombo Bonjour, je suis très contente d'être là. Ça me rappelle beaucoup de souvenirs.
00:01:10: Suzy Kibira Madame Anne-Marie Makombo est présidente par intérim de la LIDEC, la Ligue des démocrates congolais, activiste des droits des femmes également en République démocratique du Congo.
00:01:21: Anne-Marie Makombo C'est exact.
00:01:22: Suzy Kibira Nous avons également sur ce plateau, monsieur Simon Mboso Kiamputu, ancien député, consultant, acteur politique, ancien ministre de l'Industrie et petites et moyennes entreprises. Bienvenue sur le plateau spécial.
00:01:36: Simon Mboso Kiamputu Merci de votre invitation.
00:01:38: Suzy Kibira Nous avons également madame Odette Babandoa, ancienne ministre des Transports et Voies de Communication, consultante internationale aux infrastructures et présidente nationale du parti politique Union des patriotes républicains. Bienvenue sur ce plateau spécial.
00:01:56: Odette Babandoa Merci beaucoup, ça me fait plaisir d'être là.
00:01:58: Suzy Kibira Honorés également de la présence de Madame Faida Mwangilwa-Fabiola, qui est ministre honoraire en charge de la condition féminine et famille, consultante au sein du bureau de consultation en genre et participation citoyenne et développement. Bienvenue sur ce plateau spécial.
00:02:16: Faida Mwangilwa Merci beaucoup, madame Suzy Kibira.
00:02:20: Suzy Kibira Merci. Encore une fois, nous disons merci à la Fondation Friedrich Ebert. Nous sommes là dans le beau Studio Fritz de la Fondation Friedrich Ebert et notre thématique principale, c'est : La participation politique de la femme en RDC. Comment transformer la présence numérique des femmes en présence d'influence réelle ?
00:02:45: Suzy Kibira Madame Anne-Marie Makombo, la participation politique des femmes en RDC qui est justement le fait pour les femmes de prendre part égale avec les hommes aux décisions concernant le pays, ça inclut le droit des femmes d'être candidates, d'être nommées, de décider, d'influencer. Mais quelles sont, pour vous, les représentations des femmes dans la communauté ? C'est-à-dire, est-ce qu'elles peuvent être chefs en RDC ?
00:03:16: Anne-Marie Makombo Je commencerai par dire, bien sûr que les femmes peuvent être chefs. Elles sont déjà chefs dans la plupart des cas, mais je dirais que nous n'avons pas encore ce que nous désirons. Notre génération de nous, les femmes, nous avons introduit l'exigence de la parité, ce que nos aînées n'avaient pas envisagé à l'époque. À l'époque, on voulait tout simplement que les femmes soient là. C'était, si je me souviens bien, on disait l'émancipation de la femme congolaise. C'était le terme. Aujourd'hui, nous mettons la barre plus haut, nous exigeons la parité, et nous sommes loin d'avoir cette parité, comme nous voyons. Il y a des efforts, il faut l'admettre, il y a eu des efforts. Nous avons appris à nous connaître, nous, les femmes, à travailler ensemble. Ce n'est pas encore tout à fait ça, mais c'est en train de venir. Quand nous comparons, par exemple, à nos aînées, c'était : elles travaillaient souvent en solo. Là, nous apprenons quand même à travailler ensemble.
00:04:30: Anne-Marie Makombo La chose que j'appuie toujours : si la femme n'est pas souvent mise en évidence, c'est que la femme est encore trop timorée. Elle est vraiment timorée, elle ne prend pas part aux activités publiques, elle ne donne pas de la voix, elle est assez timide pour prendre la parole. Moi, je dis toujours que la parole, c'est le pouvoir. Savoir parler, savoir exprimer ce que l'on veut, c'est ça le pouvoir. Donc, la femme doit apprendre à savoir prendre la parole en public et c'est comme ça qu'on apprendra à nous découvrir.
00:05:12: Suzy Kibira Mais qu'est-ce qui bloque la femme ? Parce qu'elle veut quelque chose et son contraire. À chaque fois, par exemple, qu'il y a une émission, c'est rare des femmes qui répondent à des émissions de télé, qu'elles répondent aux interviews. Vous voulez le pouvoir, mais de l'autre côté, vous rejetez cette main tendue.
00:05:30: Anne-Marie Makombo Oui, voilà, ça, c'est vrai. La femme, comme je l'ai dit, elle est assez timide de ce côté-là. On dira que ce sont les pesanteurs de notre éducation, tout ça. Je ne dirais pas tout à fait ça parce que nous avons maintenant beaucoup de femmes intellectuelles, beaucoup de femmes diplômées qui ont tenu tête dans les universités, dans les écoles aux jeunes garçons. Mais quand il s'agit maintenant de prendre le devant, elles semblent reculer. Donc, elles n'ont pas ce courage-là. C'est ça qu'il faut maintenant booster. Il faut pousser la femme à prendre la parole en public. La parole, c'est le pouvoir.
00:06:13: Suzy Kibira Merci beaucoup, Madame Anne-Marie Makombo. Monsieur Simon Mboso Kiamputu, ancien député, consultant, ancien ministre, notre thématique, je le répète encore, c'est la participation politique de la femme en RDC. Comment transformer la présence numérique des femmes en pouvoir d'influence réelle ? Si nous scrutons ensemble la présence des femmes dans les réseaux sociaux, un taux de participation des femmes dans Facebook, TikTok, dans les débats, comment est-ce que vous pouvez donner un point de vue par rapport à cette présence de la femme dans le numérique ?
00:06:46: Simon Mboso Kiamputu Bien, merci beaucoup. Les femmes sont d'abord les plus nombreuses au point de vue de la population, on parle de 52 % à peu près. Du fait de leur nombre, elles auraient dû être beaucoup plus présentes, mais il s'est fait que madame Anne-Marie a commencé à poser les problèmes. Il y a une certaine forme de timidité et surtout pas une grande aptitude à prendre des risques, parce que les femmes n'aiment pas prendre beaucoup de risques. Nous avons créé un parti politique ensemble avec Anne-Marie, ARC. Moi, j'étais le premier vice-président, elle était l'une des responsables. Nous sommes allés aux élections en 2006. Nous avions beaucoup de femmes, mais très peu ont pu émerger, ont pu se faire élire. Je crois que cet aspect de prise de risque des femmes, depuis l'enfance, même dans les universités, quand nous sommes aux études, quand il y a des manifestations, quand il faut aller marcher, quand il faut aller prendre de l'engagement, quand il y avait des problèmes, on trouve très peu de femmes, déjà au niveau estudiantin.
00:08:14: Simon Mboso Kiamputu Je me rappelle la grande marche de 1992, la marche des chrétiens. Quand je sortais de chez moi à la maison, ma mère était là et mon épouse, elles ont commencé à pleurer. Je dis : « Moi, je vais à la marche. » Elles ont commencé à pleurer. Si je n'étais pas assez courageux, je ne serais pas parti à cette marche. « Qu'est-ce que nous allons devenir ? » Vous voyez ? Je crois que c'est un des aspects vraiment sur lesquels on doit travailler. Moi, je suis consultant dans les domaines de la gestion du changement. Il y a des techniques, des formations qui se font dans ces domaines-là, et tant que les femmes n'auront pas suffisamment d'engagement dans la prise de risque, il sera difficile à passer de cet engagement de leur nombre à une capacité réelle de faire changer les choses.
00:09:08: Simon Mboso Kiamputu Autre aspect, j'ai beaucoup accompagné des femmes de notre parti à l'époque dans des campagnes électorales. Lucie Kipele avait été élue à Bondo, elle m'a raconté une chose, elle m'a appelé au téléphone, elle dit : « J'ai des problèmes ici. Les femmes elles-mêmes n'aiment pas voter pour les femmes. » Les femmes là-bas disaient : « Si nous votons un homme, il va prendre en charge beaucoup de femmes, mais si nous votons une femme, elle va s'occuper d'elle-même et de sa famille. » C'est aussi un aspect du problème : comment amener les femmes à avoir confiance en leurs propres sœurs, aux leaders féminins, à celles qui s'engagent, à celles qui se portent candidates et à celles qui assument des responsabilités ?
00:10:00: Suzy Kibira Maman Odette Babandoa, les femmes ne votent pas pour leurs consœurs. Êtes-vous de cet avis ?
00:10:09: Odette Babandoa C'est un peu partagé. Moi, je crois que quand vous vous imposez dans la société, quand vous apportez l'influence, même les femmes, elles vous adoptent. À mon expérience, là où j'ai eu à émerger, c'est quand une femme m'a prise en charge. J'étais conseillère au cabinet Kengo wa Dondo. Quand je suis arrivée, mon chef direct, le conseiller principal de ma section, c'était une femme, Julie Mukendi. Mais cette femme-là, quand elle m'a accueillie, elle avait un peu des appréhensions. Le premier jour, le deuxième jour qu'on a passé ensemble, je crois qu'immédiatement, elle m'a adoptée. Avant même que le Premier ministre qui m'a recommandée pour que je sois dans cette section-là, ne sache que j'étais déjà là, elle m'avait adoptée. C'était par ma façon de travailler. Donc, il faut d'abord s'imposer, avoir de l'influence dans le milieu dans lequel tu évolues et même les femmes vont t'accepter. Ce n'est pas une question que les femmes n'aiment pas voter pour les femmes, mais c'est celle qui veut être leader, qui doit apprendre à s'imposer dans ce milieu-là pour qu'elle soit acceptée.
00:11:22: Suzy Kibira Madame Babandoa, comment réfléchir sur les mécanismes ou stratégies qui permettent de convertir une communauté en ligne en mobilisation physique ?
00:11:32: Odette Babandoa Oui, cette question, quand j'ai vu votre thème, ça m'a un peu fait travailler dans l'esprit. Parce que je ne pense pas que le numérique, c'est ce qui apporte l'influence. Le numérique, c'est un outil qui accompagne l'influence. En notre temps, quand nous avions commencé à travailler, moi, j'étais partie dans une société en faillite dans le chemin de fer des Uele dans la Grande-Orientale. C'était une société en faillite. Quand je partais là-bas, alors que j'ai quitté le cabinet du Premier ministre, où j'avais tout pour aller là-bas, les gens croyaient que c'était pour aller mourir. À ce moment-là, il n'y avait pas l'influence numérique dont on parlait, le TikTok et le Facebook. Mais pour que tu puisses créer ta force, ton influence, il faut avoir à répondre aux problèmes réels qui se posent dans la société, et quand tu as réussi à répondre à ces problèmes, tu acquiers l'influence. Cette influence peut maintenant s'accentuer avec les réseaux sociaux. Aujourd'hui, c'est facilité. Mais avant, il fallait faire la force sur terrain pour qu'on arrive à t'apprécier, dire : « Non, cette personne est incontournable » et les cris partent. « Là-bas, on a vu tel travail, c'était fait par cette femme. Là-bas, on a vu tel travail. »
00:12:56: Odette Babandoa Je n'étais pas là quand l'AFDL est arrivée, je n'étais même pas dans le groupe de l'AFDL. Mais on a fait de moi ministre des Transports. C'est à partir de l'influence que j'avais laissée sur le terrain. On a vu mon action et le président, quand il a pris le pouvoir, Laurent-Désiré Kabila a dit : « La femme qui a transformé les camions Magirus en locomotives pour résoudre les problèmes de transport, d'évacuation de marchandises, de production agricole, des pauvres paysans qui étaient là-bas, cette femme, on doit la retrouver pour être ministre des Transports. » C'est que j'avais laissé mon influence là-bas. Je n'avais pas utilisé les réseaux sociaux. J'ai résolu seulement un problème existant. C'est que quand on arrive à résoudre le problème existant, on a une idée, on sait transformer cette idée-là en action concrète dans la vie des citoyens. Aujourd'hui, ça se facilite et ça peut se faire découvrir rapidement à travers Facebook et partout. Mais avant, c'était vraiment l'effort sur place.
00:13:57: Suzy Kibira Mais madame Babandoa, cette influence politique, actuellement, on retrouve sur le terrain des femmes politiques qui battent en campagne si on échange de l'argent. Certaines ne se font même pas élire. Quelle stratégie adopter ?
00:14:13: Odette Babandoa C'est dommage. La démocratie telle qu'elle est interprétée aujourd'hui, ça ne peut pas faciliter l'accès au pouvoir d'une grande majorité des femmes. D'abord, la femme, comme on dit que ce n'est pas quelqu'un qui prend le devant. Mais dans un monde normal, c'est la femme qui mène. Parce qu'aujourd'hui, si beaucoup de ménages vivent, c'est grâce à l'effort des femmes. Les femmes contribuent à l'économie, les femmes contribuent au ménage, au bien-être de la famille. Ce sont les femmes qui contribuent. Mais la femme réussit dans un environnement normal, pas dans un environnement piégé. J'ai pu parler, par exemple, nous sommes allés à Sun City. Il y avait combien de femmes ? Vous croyez que c'est parce que les femmes n'ont pas pris le devant ? Ketumile Massire qui avait conduit Sun City, dans son bureau pour y accéder, faire inscrire son nom afin que tu sois sur la liste de ceux qui partaient à Sun City. On a vu des hommes enlever des chemises, sauter par la fenêtre pour tomber là-bas à l'intérieur pour qu'on mette son nom sur la liste. Mais moi, une femme, est-ce que je vais faire ça avec ma robe, avec ma jupe, ou je vais me déshabiller pour me jeter par la fenêtre, entrer et bousculer les gens ? Ça, je ne peux pas le faire.
00:15:31: Odette Babandoa Mais là où il y a l'ordre, la femme va s'aligner. Quand il y a les armes qui sont là-bas, la sécurité, les hommes peuvent aller faire la rébellion. Vous avez déjà vu une femme qui a fait la rébellion ? C'est que ceux qui ont fait la rébellion, qui s'imposent par les armes, ce sont eux qui récupèrent l'influence en politique. Nous, les femmes, nous ne faisons pas la rébellion, nous ne prenons pas les armes. C'est que nous restons ici pour négocier avec eux, eux qui ont la force de s'imposer, et c'est ça qui nous bloque.
00:16:01: Suzy Kibira Merci beaucoup, Madame Babandoa. Madame Faida Mwangilwa-Fabiola, les processus de paix en cours, mais l'absence de femmes se fait sentir. Votre point de vue.
00:16:14: Faida Mwangilwa Merci beaucoup. Il y a des choses qui ne peuvent pas passer sous mes oreilles sans pour autant réagir. Je venais de suivre tout au long de ce petit débat que les femmes ne prennent pas de risques. Non, c'est du matin au soir que les femmes prennent des risques. Vous les retrouvez en dessous des camions, vous les retrouvez dans le marché, tôt matin à 4h00, suivez la Radio Okapi. Qu'est-ce que les femmes ne font pas pour la survie des ménages ? De deux, même en temps de guerre, Madame Babandoa, il y a des femmes aussi qui se sont battues. Moi, je faisais partie d'un groupe armé, mais désormais, j'ai pris la décision de travailler pour la paix parce que ce n'est pas par la guerre qu'on va résoudre le problème de la RDC. Il faut y aller à travers l'éducation citoyenne, ce qui va nous ouvrir vers la tolérance, vers la gouvernance, et c'est un travail que nous devons faire du jour au lendemain.
00:17:13: Faida Mwangilwa Maintenant, pour répondre à ta question, Madame Suzy, je vous assure, c'est un combat. Les femmes sont en train de travailler pour influencer et c'est comme ça que je suis venue participer à cette émission. Comment faire en sorte que nous quittions des déclarations en termes numériques, mais aller dans la transformation de notre société. Des fois, je suis choquée lorsque je vois, lorsqu'une femme passe au pouvoir, agit de la même manière qu'agissent les hommes en termes de corruption, en termes d'immoralité, ça me gêne parce que notre combat, c'est pour que les choses avancent et pour que la transformation de notre société soit réelle par les femmes, pour les femmes, ensemble avec les hommes. Voilà notre combat. Je ne pense pas qu'on a échoué. Bien sûr, les défis sont énormes. On pourra peut-être y revenir, mais notre souci est que la RDC bénéficie des atouts à la fois des hommes comme des femmes.
00:18:19: Suzy Kibira Madame Faida, vous avez dit que les femmes travaillent pour influencer. Mais y a-t-il un exemple en RDC où une campagne digitale a vraiment fait plus pour faire changer une décision politique ?
00:18:34: Faida Mwangilwa Effectivement, c'est ce que nous sommes en train de suivre aujourd'hui. Depuis un temps, vous suiviez : « Nous devons changer la Constitution, un référendum. » Des fois, on entre dans des débats qu'on ne comprend pas, mais à un certain moment, le chef de l'État a pris la parole pour dire : « Je suis ouvert au dialogue inclusif. » Vous pensez que c'est venu comme ça ? Il y a une pression au niveau du digital et tout le monde s'était prononcé, pas seulement à travers les chaînes nationales, mais à travers les réseaux sociaux et voilà, on a obtenu ce qu'on a obtenu. Mais bien sûr, on n'agit pas encore. Et ça, je dois vous dire, on n'est pas encore arrivé à se constituer en un mouvement fort qui change les choses. Ça reste une faiblesse au sein de nos organisations de défense des droits des femmes. Comment se constituer en un mouvement féminin fort comme ça s'est fait en Afrique de l'Ouest, comme ça s'est fait ailleurs, parce que nous vivons beaucoup de défis et nous devons apprendre à être les actrices des changements.
00:19:44: Faida Mwangilwa Vous ne pouvez pas vous dire que vous travaillez pour les changements alors que vous êtes de l'autre côté du changement. Non. Vous devez vous-même être actrice ou acteur de changement ou du changement que vous voulez.
00:19:55: Suzy Kibira Quel contenu numérique, madame Anne-Marie Makombo, qui permette aux femmes d'être recommandées et vues par les décideurs ? Quel contenu numérique ? Parce qu'on en voit dans les réseaux sociaux plusieurs femmes, mais quel message transmettre ?
00:20:11: Anne-Marie Makombo Je pense que tout contribue à faire que les femmes puissent se faire connaître, se faire entendre. Il ne faut pas absolument pointer seulement un seul côté. Je dirais plutôt que… Ça, c'est mon leitmotiv, c'est la parole. La femme, partout là où elle peut parler, faire entendre sa voix, elle doit parler, et je pense que les choses changeront. On a tendance, effectivement…
00:20:55: Anne-Marie Makombo Ouvrez, par exemple, la radio, lisez tous les TikTok, la majorité, ce sont des hommes qui parlent. Ce sont des hommes qui échangent leurs idées. En ce moment, nous avons des grandes discussions sur, par exemple, la Constitution. Faut-il changer la Constitution ou pas ? La majorité des gens qui osent parler, qu'on entend, ce sont les hommes. On n'entend vraiment pas les femmes, bien que les femmes se réunissent entre elles, parlent de cela, mais pour faire sortir leur voix en dehors, qu'on puisse vraiment les suivre, là, elles deviennent… Elles n'osent pas. Elles n'osent pas s'afficher sur une idée. Par exemple même qu'un responsable a pris une idée sur ça, elle est contre. Parler à haute voix, dire qu'elle est contre ça, elle ne l'osera jamais.
00:21:57: Anne-Marie Makombo Je donne par exemple l'exemple de moi, quand j'étais députée. Il fallait voter l'article 70 sur le nombre de mandats du président de la République. Nous recevons le mot d'ordre de notre parti politique qu'il faut voter un mandat indéterminé. Je me suis opposée là-dessus. Non seulement je me suis opposée, mais on a formé tout un groupe au Parlement pour aller contre ça. Je peux me vanter aujourd'hui que si cet article-là est dans la Constitution, j'ai joué un grand rôle là-dedans. C'est ça que nous demandons aux femmes, de ne pas avoir peur. Moi, on me disait : « On va vous chasser du Parlement. » Je disais : « On n'a qu'à me chasser. Au moins, j'aurai ma conscience tranquille. Quand je vais me regarder devant un miroir, savoir que j'ai fait ce que ma conscience me disait de faire, et non parce que j'ai peur de perdre mon poste, etc. Non, que vont penser les autres ? Je ne le fais pas. » C'est ça que nous demandons à certaines femmes.
00:23:02: Suzy Kibira Participation politique de la femme en RDC : Comment transformer la présence numérique des femmes en présence d'influence réelle ? Existe-t-il, Madame Anne-Marie, un réseau des femmes influentes en ligne, ici en RDC, qui peut permettre de booster- ?
00:23:21: Anne-Marie Makombo Hélas, non. À ma connaissance, non. Je vois, effectivement, il y a CAFCO, il y a l'IFES, mais ce n'est pas encore ça. Je trouve qu'il faut aller appeler un chat un chat. C'est ça. Ne pas tourner autour du pot. Il faut qu'on soit plus musclées, plus musclées.
00:23:49: Suzy Kibira Comment créer cette solidarité numérique pour amplifier les campagnes, par exemple, les plaidoyers en faveur de la promotion des femmes ?
00:23:57: Anne-Marie Makombo Les femmes doivent enlever ce défaut que nous commençons à avoir, les défauts comme les hommes. Nous avons toujours notre petit agenda caché et quand on lutte pour quelque chose, chacun essaye de voir comment placer son petit agenda caché. C'est ça qui fait qu'on n'arrive pas à s'entendre. On n'arrive pas à s'entendre. Si on était beaucoup plus claires, beaucoup plus honnêtes, enlever ce défaut-là qu'ont en général les politiciens hommes, que nous commençons vraiment à prendre comme habitude. Si on enlevait ça, je pense que nous pourrons aller de l'avant.
00:24:36: Suzy Kibira Monsieur Simon Mboso, est-ce que dans vos partis politiques, en RDC, vous intégrez la communication digitale des femmes dans vos programmes ?
00:24:48: Simon Mboso Kiamputu Avant de répondre à la question, je voudrais aussi apporter un petit rectificatif. Ma collègue ici, parlant de la prise de risque, a voulu rectifier ce que j'avais dit en parlant de femmes commerçantes, des femmes de ménage. Je crois qu'ici, nous sommes dans la participation politique. J'ai parlé de la prise de risques dans ce domaine-là. Je ne pense pas qu'aujourd'hui, on peut me démontrer avec des faits concrets qu'il y a un nombre de femmes qui prennent des risques dans les domaines de la participation politique. Madame Anne-Marie vient, en répondant à votre question, de voir que même dans le domaine du numérique, on ne voit pas dans les débats politiques, dans les communicateurs, dans les débatteurs, on ne voit pas suffisamment de femmes, des gens qui s'engagent, qui viennent débattre autant que les hommes.
00:25:48: Simon Mboso Kiamputu Quand nous faisons les listes électorales, nous avons beaucoup de problèmes. On a imposé, je crois, un minimum de 30 % de femmes sur les listes, mais pour les avoir, c'est un combat. C'est un combat, même mes collègues qui sont des dirigeantes de partis, qui sont des femmes à la tête des partis politiques, pour pouvoir aligner suffisamment de femmes sur les listes électorales. C'est ce qui se traduit au niveau du Parlement par le peu de femmes qui arrivent à se faire élire parce que déjà, on a des problèmes à remplir leurs listes.
00:26:20: Simon Mboso Kiamputu Je reconnais que nos mamans, au fond des champs, vendent… J'étais ministre des PME, j'ai beaucoup travaillé avec les organisations féminines, des femmes qui se battent. Là, il faut reconnaître qu'elles jouent un rôle comme entrepreneures, comme femmes commerçantes, mais nous sommes focalisés sur la participation politique.
00:26:43: Simon Mboso Kiamputu Vous dites si dans nos partis, j'ai répondu en partie à cette question, pour pouvoir impliquer, engager, motiver beaucoup de femmes dans ces domaines, il faut qu'elles soient présentes. Il faut en avoir suffisamment.
00:26:58: Suzy Kibira Pourtant, si on regarde dans les partis politiques, monsieur Mboso, elles sont majoritaires.
00:27:03: Simon Mboso Kiamputu Non, c'est la foule qui est majoritaire, mais dans les cadres qui viennent pour diriger, il y en a très peu de femmes comme Anne-Marie. Elle peut témoigner. Elles ne sont pas très nombreuses, celles qui sont candidates, qui descendent sur le terrain, mais il faut reconnaître qu'il y a un problème qui est général dans notre pays. J'ai toujours considéré que le grand facteur qui favorise ce genre de situation, c'est la pauvreté et l'ignorance. Ce sont les deux grands facteurs, la pauvreté et l'ignorance.
00:27:38: Simon Mboso Kiamputu Vous avez dit qu'aujourd'hui, pour se faire élire, il faut distribuer de l'argent, il faut distribuer des pagnes, il faut distribuer des choses à manger. Souvent, ceux qui ont les moyens de faire cela… J'avais fait une proposition quand nous étions au Parlement pour qu'on puisse interdire, même dans la loi électorale, qu'on interdise la distribution des biens et de l'argent dans les campagnes, les gens se sont opposés. Ça n'a pas pu avoir une majorité. C'est dommage, parce que si on n'a pas…
00:28:08: Simon Mboso Kiamputu Pour être dans une situation d'égalité de chances, il faut être à égalité de conditions. Les gens qui ont beaucoup de moyens, même qui n'ont pas étudié. S'ils ont beaucoup de moyens, qu'ils viennent distribuer des biens, ceux-là, les gens les suivent. Comme la pauvreté, ça atteint surtout les femmes, les femmes ne suivent pas, ne votent pas pour leurs collègues femmes, pas parce qu'elles ne veulent pas, mais parce qu'elles n'ont pas les mêmes possibilités à leur distribuer des biens et de l'argent.
00:28:38: Suzy Kibira Pourquoi les femmes ne prennent pas le risque, adame Babandoa ?
00:28:42: Odette Babandoa Les femmes prennent le risque, mais à un certain niveau. Je vous ai dit aussi que pour que les femmes prennent le risque, il faut que le monde soit normal. Il y a de ces risques-là où les femmes ne peuvent pas s'engager. J'ai parlé des cas que j'ai vécus pour aller à Sun City. Les femmes n'étaient pas là. Ce n'est pas parce qu'elles n'ont pas pris le risque. Elles n'ont pas la capacité qu'ont les hommes, parce que pour tout, les hommes peuvent bousculer. S'il faut même payer l'argent, les hommes peuvent payer, mais les femmes dans la société aujourd'hui, ce sont des gens qui vivent souvent, en dehors de celles qui font les commerces, celles qui vivent, elles vivent de leur salaire.
00:29:29: Odette Babandoa Quand vous êtes enseignant, avec votre salaire d'enseignant, vous allez corrompre qui ? Quand vous êtes médecin, avec votre salaire de médecin, vous allez corrompre qui ? Ceux qui manipulent l'argent, ce sont les hommes qui savent comment l'argent arrive. Même moi, j'étais magistrat. Avec mon salaire de magistrat, est-ce que je peux faire des économies pour que demain, j'aille corrompre ? C'est ce qui fait la limitation.
00:29:54: Odette Babandoa Même pour l'histoire des votes, Son Excellence Mboso venait de le dire, la démocratie aujourd'hui, ce n'est pas : vous avez convaincu avec les arguments. C'est quand nous allons arriver dans une démocratie où la vision qu'une personne a s'impose pour qu'on la vote, le numérique marchera à ce moment-là, parce que vous allez utiliser vos arguments à travers le numérique, vous allez véhiculer votre message, on vous écoutera. Mais aujourd'hui, la démocratie, c'est : tu donnes plus et on te vote, si tu n'en as pas, on ne va pas te voter.
00:30:32: Odette Babandoa Je suis allée à la Cour constitutionnelle contre la loi électorale. J'ai soulevé l'inconstitutionnalité de cette loi-là. Quand on vous met une caution de 1 000 $, une femme qui est enseignante dans son village, qui est en mesure de se faire élire parce qu'elle a rendu d'énormes services dans ces milieux-là, pour qu'elle trouve les 1 000 $ de caution pour qu'elle soit députée, c'est tout un problème. Qu'est-ce qu'elle va faire ? Elle va finir par aller s'aligner dans une liste où elle ne croit même pas à cette liste-là. Elle s'aligne tout simplement parce qu'elle doit avoir les 1 000 $ ou elle doit atteindre les seuils.
00:31:09: Odette Babandoa Les seuils, c'est aussi notre histoire. Tu peux aller seule avec tes propres moyens, mais quand tu n'as pas les seuils, tu ne passeras pas. C'est que tu es obligée d'aller t'aligner dans une liste à laquelle tu ne crois pas parce que tu dois avoir les 1 000 $ pour payer, parce que tu dois avoir les seuils. Ça, ça bloque aussi la femme. Il faut qu'on libéralise la démocratie et qu'on définisse les normes de la gestion de la démocratie. Tant qu'on n'a pas défini correctement, d'une manière désintéressée, objective, la femme ne pourra pas émerger.
00:31:42: Suzy Kibira Je reviens encore sur la même question, madame Faida Mwangilwa. Les femmes ne prennent pas de risques et pourtant, elles sont dans la société civile, elles sont dans les partis politiques. Monsieur Mboso insiste : les femmes ne prennent pas de risques. Même majoritaires dans les partis politiques, on ne les sent pas.
00:32:00: Faida Mwangilwa Encore merci, mais j'insiste ici : les femmes prennent des risques. Nous sommes sur un terrain politique et les femmes prennent des risques. Plus de 40 ans, avant, j'ai commencé dans le milieu estudiantin. J'étais étudiante et on a pris beaucoup de risques pour bouger les choses vers les années 90. On a même failli perdre nos années académiques parce qu'on était en train d'être identifiées, « Ces filles-là ». Les garçons nous faisaient toujours passer devant, croyant que si vous faites passer les filles devant, la police va se réserver. Non, on était chicotées tout le temps, chicotées, mises en cachot pour demander la démocratisation dans ce pays.
00:32:48: Faida Mwangilwa Oui, lors des élections, on me dit : « Les femmes ne sont pas là. » Je vous ai dit ici au début : qui détiennent le pouvoir au sein des différentes institutions entre les hommes et les femmes ? Dans les églises, en famille, dans la police, l'armée, les institutions ? Ce sont les hommes. Pour aller chercher les femmes, pour chercher les hommes, c'est facile à les trouver. Ils identifient les hommes qui ont un peu de moyens, mais ils ne font pas un effort pour chercher les femmes. Il y a 10 ans, 15 ans, on nous disait dans les institutions, au niveau du gouvernement ou autre : « Il est difficile de trouver les femmes. » Pourquoi aujourd'hui, nous avons plus de 30 % de femmes ? Où est-ce qu'on les a trouvées ? C'est toujours dans ce pays. Donc, c'est d'abord une question de bonne volonté.
00:33:35: Faida Mwangilwa Bien sûr, on doit continuer à travailler parce qu'aussi, il faut comprendre les réalités politiques dans lesquelles nous évoluons. Une femme, difficile de vendre sa maison et se battre pour les élections. Elle va se poser des questions et dire : « Où est-ce que je vais laisser mes enfants ? » Oui, beaucoup d'hommes aujourd'hui ont souffert à cause de ces risques-là. Il y a lieu de voir les choses autrement et se dire : construisons notre démocratie en élaguant certaines anti-valeurs.
00:34:06: Faida Mwangilwa Je pense que les choses peuvent mieux évoluer pour les femmes, mais les risques en politique, les femmes les prennent et nous continuons à le faire. Elles sont nombreuses, sinon, je pouvais même évoquer quelques cas. Je ne vais pas faire la promotion des unes, des autres, mais dans ce pays, il existe des femmes qui ont pris des risques et qui ont fait avancer leur organisation politique, créée ou pas par les hommes, elles sont là et elles sont nombreuses. D'ailleurs, il y a une jeunesse qui vient avec beaucoup d'élan.
00:34:39: Faida Mwangilwa Malheureusement, dans nos réseaux sociaux, c'est plus le négatif qu'on montre. On montre un coup contre des femmes qui sont en politique et on montre ça à des gens qui peuvent passer tout leur temps pour connaître le père d'un enfant. C'est triste. On ne le fait pas avec les hommes. On ne le fait pas avec les hommes.
00:34:59: Suzy Kibira Madame Faida Mwangilwa, on parle de notre sujet, par rapport à comment transformer la présence numérique des femmes en présence d'influence réelle. Est-ce qu'une influenceuse politique a un vrai poids, notamment pour faire passer certaines lois ? Nous avons suivi madame Anne-Marie Makombo qui a relaté l'autre fois que quand elle était députée, elle a fait passer certaines lois. Aujourd'hui, nous sommes dans le numérique, est-ce qu'une influenceuse politique, parce qu'on peut le dire que vous l'êtes quelque part, parce que vous êtes des femmes qui influencez la communauté congolaise, est-ce qu'une femme influenceuse politique a un vrai poids pour, notamment, ce genre de questions ?
00:35:43: Faida Mwangilwa Les influenceuses politiques sont là et elles publient dans les réseaux sociaux, mais comme notre communauté est plus affectée ou plus intéressée à des choses banales, c'est ce qu'on ressent. Si vous allez devant un miroir, vous dites : « Regardez-moi ce bouton ici. Pourquoi j'ai ce bouton ? » Le miroir va te dire quoi ? « C'est ton bouton. » Ici, en République démocratique du Congo, on est plus attirés vers le sensationnel que d'être attirés vers les choses réelles.
00:36:17: Faida Mwangilwa Vous pouvez organiser vos conférences ici, nous le faisons plusieurs fois, vous ne verrez pas de jeunes venir, mais organisez votre concert, je ne suis pas contre les artistes ou quoi, ils seront là. Qu'est-ce que nous traçons ? Qu'est-ce que nous donnons comme valeur aux membres de notre communauté, à notre jeunesse ? C'est tout cela le débat et c'est une grande responsabilité à la fois pour les hommes et même pour les femmes pour aller vraiment vers l'influence numérique de qualité. Je ne dis pas en quantité, en qualité. C'est cela.
00:36:51: Suzy Kibira Dans ce joli Studio Fritz de la Fondation Friedrich Ebert, répondez chacun pour nous dire comment éviter de tomber dans le buzz à travers la communication, parce qu'on est dans le sujet. Comment éviter de tomber dans le buzz, Madame Faida Mwangilwa ?
00:37:09: Faida Mwangilwa Merci beaucoup. Tout ce qu'on doit faire, on doit faire de son mieux pour garder sa ligne de conduite. Je vous assure, je fais de mon mieux. J'invite beaucoup de filles, c'est le travail qu'on fait du matin au soir, dans toutes les provinces où nous pouvons aller. Nous le faisons pour dire aux jeunes filles, évitez, soyez vous-mêmes, parce qu'au niveau de notre… Nous sommes des Congolaises et la RDC a des valeurs culturelles positives. Exploitons les valeurs culturelles positives et nous verrons que nous pouvons éviter tout ce qui peut nous désorienter.
00:37:45: Suzy Kibira Madame Anne-Marie Makombo, comment éviter de tomber dans le buzz dans la communication ? Parce qu'actuellement, c'est ce qui est suivi, en tout cas, tel que madame Faida vient de le relever, c'est vrai qu'on se présente, on présente sa coiffure, on présente sa tenue, on a plus de vues, mais quand vous amenez un discours pour édifier et changer, c'est un peu difficile. Plusieurs personnes, même femmes politiques influenceuses, tombent dans le buzz plutôt que dans la communication. Comment éviter ?
00:38:17: Anne-Marie Makombo Je dirais plutôt en restant soi-même. En restant soi-même, en tenant compte de son éducation, comment vous avez été éduqué et ne pas avoir peur de dire ce que vous pensez. Souvent, on a peur. On se dit : « Si je dis ceci, comment les gens vont prendre ça ? » C'est vrai que nous sommes des femmes et des hommes politiques, il faut quand même soigner le parler, mais en ne le dénaturant pas. Il ne faut pas dénaturer ce que vous pensez parce que tout simplement, vous voulez qu'on parle de vous, etc. Il faut rester soi-même et voir exactement de quoi la population a besoin, comment diriger cette population pour que les choses puissent aller mieux. Moi, je dirais ça.
00:39:19: Suzy Kibira Monsieur Simon Mboso, comment éviter de tomber dans le buzz de la communication ?
00:39:24: Simon Mboso Kiamputu Comme consultant, dans une entreprise, on fait du marketing en fonction des besoins de la clientèle. Quand vous venez dans un espace de communication, si les gens tombent dans le buzz, c'est parce que ça répond à un besoin aujourd'hui de la société qui s'accroche plus à ce genre de choses dont madame a parlé. Nous sommes allés faire des conférences sur le campus. Nous étions ces étudiants qui avaient été victimes de massacres du 4 juin '69, avec les Sonji, les Kandolo et les autres. Nous sommes allés 30 ans après pour aller rappeler à nos jeunes, à nos enfants qui sont là, l'essence de notre combat. À l'époque, comme madame Faida disait, qu'elles se faisaient chicoter en première ligne, nous, nous nous sommes fait tirer dessus. Mobutu nous a enrôlés dans l'armée. On a passé deux ans en tenue militaire. Mais la salle de promotion qui a une capacité de 1 500, 2 000 places, n'était même pas remplie et peut-être pas à la moitié. Mais quand un musicien, un influenceur dans ce domaine-là, arrive sur le campus, la salle est pleine à craquer, les gens sont jusque dehors.
00:40:49: Simon Mboso Kiamputu Mais alors, si vous allez, vous, un acteur politique, leader politique, vous voulez passer un message pour que vous soyez entendu et écouté, si vous êtes dans l'optique marketing, vous devez passer le message qui correspond aux attentes de cette population-là. Sinon, il y a des gens qui n'émergerons jamais. Aujourd'hui, il y a des journalistes qui sont devenus des députés parce qu'ils se sont mis dans ce couloir-là, dans ce créneau-là, qui est de dire ce que les autres attendent, ce qui leur fait plaisir, ce qui les attire et les accroche. C'est ça le problème. Vous devez faire un choix. Soit de vous faire accepter parce que vous passez des messages et vous mettez le bouton qui plaît. Vous êtes un influenceur, mais un vrai leader crée d'autres leaders, un influenceur crée des suiveurs.
00:41:46: Suzy Kibira Madame Babandoa, votre point de vue.
00:41:51: Odette Babandoa Ce que son Excellence Mboso vient de dire, quand on fait le buzz aujourd'hui, c'est l'immoralité qu'on est en train de véhiculer. Quand on a les insultes, là, tout le monde suit. Alors que le numérique devait nous servir aujourd'hui à véhiculer les messages qui permettra à instruire, à former, à faire avancer la démocratie. Quand vous passez votre temps à instruire, à éduquer, il faut avoir la force.
00:42:23: Suzy Kibira Madame Anne-Marie Makombo, est-ce qu'il y a des émissions qui ont accompagné les femmes et qui leur ont permis de pouvoir quand même communiquer et redresser les valeurs ?
00:42:38: Odette Babandoa Les émissions... C'est à Anne-Marie qu'on a posé la question.
00:42:44: Suzy Kibira Oui, Madame Anne-Marie, comme ça, Madame Babandoa va…
00:42:46: Anne-Marie Makombo Il y a des émissions qui vous permettent de véhiculer des messages, oui. La preuve, nous parlons de l'émission de Maman Odia. Elle nous a beaucoup soutenues à l'époque. Quand on voulait faire passer… Par exemple, quand on était dans le combat de la parité, on en parlait et ça nous a beaucoup aidées. Et en parlant, on prend des faits simples de la vie de tous les jours et les choses passent. J'ai fait d'ailleurs une émission, malheureusement, là, on dit : « On est contre le buzz », mais mon émission a fait le buzz, est allée même dans d'autres pays parce que tout simplement, nous parlions... Je parlais de quoi ? Je parlais de la...
00:43:37: Suzy Kibira De la nationalité.
00:43:38: Anne-Marie Makombo De la nationalité, voilà. À ma grande surprise, ça a fait un buzz inimaginable. Donc, j'ai pu faire passer un message. Il y a des émissions qui vous aident comme ça. Mais, vous parlez des choses réelles, mais il faut être... J'insiste toujours, effectivement, nous sommes des politiques et il faut avoir le langage qui peut accrocher votre public. Il faut chercher ce langage-là. Il faut essayer de les prendre par leur point sensible. C'est comme ça que vous arrivez à faire passer votre message. Mais si vous restez là, des scientifiques, comme des savants, avec des termes où il faut aller chercher le dictionnaire, « Mais qu'est-ce qu'il a voulu dire ? », le message ne passera pas. Nous voyons ça quand nous allons à la base même pour parler à la population. Moi, j'apprends le langage, l'argot de la population. Quand ils n'appelleront pas un Bic un Bic, ils l'appellent par leur nom, il faut apprendre cela, il faut s'adapter à cela pour pouvoir faire passer votre message.
00:44:52: Suzy Kibira Madame Babandoa, nous revenons à vous par rapport à cette question pour éviter le buzz dans la communication. Quelle stratégie adopter en tant que femme politique ?
00:45:04: Odette Babandoa J'ai commencé par dire ici que le buzz aujourd'hui, c'est quand ce sont les insultes qu'on véhicule. Mais il y a quand même des influenceuses politiques et je peux dire que je fais partie de celles-là. Quand vous passez à la télé, on vous suit avec admiration. Quand vous développez le sujet de la société, on vous écoute, et ça, ça peut constituer le buzz que nous cherchons à créer des ponts entre les leaders politiques et la base. Je me souviens en 2005, 2006 ici, quand on battait campagne pour la loi référendaire, la Constitution. Moi, j'avais pris fait et cause pour dire non à cette constitution-là. Je suis passée partout, à la télévision, sensibiliser dans les églises. Je croyais qu'on ne me suivait pas parce que j'étais affectée. Je croyais qu'on ne me suivait pas. Mais un jour, il y a un musicien qui devait chanter au stade ici. Les gens étaient venus en affluence, le stade était plein.
00:46:14: Odette Babandoa
Ça devait faire deux ou trois jours avant le vote de la constitution du référendum. Quand j'ai vu cette influence-là vers le stade, ça m'a fait mal. Je me suis arrêtée et je me suis dit « Je vais quand même essayer d'interpeller ces gens. » Je me suis arrêtée et je dis « Vous tous, là, vous courez là-bas, c'est pour aller suivre la musique. Est-ce que vous avez suivi la télé ? Vous suivez ce qui se passe sur la constitution ? » Ils sont venus, ils cherchaient maintenant à savoir ce que moi, je voulais dire. Il y a eu maintenant de l'affluence autour de moi. J'ai entendu les autres qui étaient loin, en train de poser [langue étrangère: . J'étais vraiment flattée et je me suis dit : « C'est que je me suis quand même fait entendre. » Mais si c'était dans une démocratie normale, Kinshasa avait voté non contre la constitution là, en suivant les messages que j'avais fait passer, c'est que j'avais quand même fait un buzz. Mais comme on est dans un milieu où tout se négocie avec de l'argent, même la démocratie, c'est l'argent qui fait parler cette démocratie-là, alors, vous pouvez faire votre buzz, mais il faut avoir aussi l'argent pour avancer les choses.
00:47:38: Suzy Kibira Monsieur Simon Mboso, est-ce que la loi sur la parité, le code numérique, protègent-ils suffisamment les femmes politiques en ligne ?
00:47:50: Simon Mboso Kiamputu La loi, de manière générale est toujours impersonnelle, elle s'applique à tout le monde, ça protège aussi bien les hommes que les femmes. Mais le vrai problème dans notre pays, ce ne sont pas les lois, de bonnes lois, de bons règlements, mais c'est l'application. Aujourd'hui, on va aller au dialogue. Moi, je disais au cardinal à l'occasion d'une réunion avec le responsable du Mouvement d'Action Catholique, qui est le Secrétaire Général de l'ADEC, à l'apostolat des dirigeants et entrepreneurs catholiques, que l'on va aller au dialogue. Cette initiative de la CENCO, de nous amener à un pacte de bien vivre ensemble. On va prendre des résolutions et tout ça, mais est-ce que l'on va les respecter ? Le grand problème que l'on a dans ce pays, c'est la constance des acteurs politiques, même sociaux, congolais. On prend des engagements ensemble. Après, au moment de les mettre en œuvre, il y a des gens qui ne les respectent pas. La question que je me pose aujourd'hui, est : Est-ce qu'il y a des mécanismes, il y a des garanties qu'on peut adopter pour que tout le monde respecte ce qu'on adopte ensemble et que ceux qui ne vont pas respecter, est-ce qu'on peut prévoir des sanctions pour que les gens puissent avoir peur ?
00:49:17: Simon Mboso Kiamputu J'ai un ami Général qui est déjà mort, paix à son âme, qui me disait un jour : « Mon frère Simon, est-ce que vous connaissez dans ce pays une seule mesure qui a pu être appliquée sans contrainte ? » Depuis Léopold II, ce qui a été construit ici, c'est parce qu'on a coupé les mains aux gens, on les a chicotés et depuis que l'État a perdu son autorité, vous voyez ce qui se passe ? D'abord, ce sont les dirigeants qui prennent le sens inverse, qui brûlent le feu, qui tuent même les policiers qui règlent la circulation. Comment on peut adopter le meilleur code numérique du monde ? Le code de la route, c'est un très bon code. Qui va le respecter et qui va le faire respecter ? Pour moi, la plus grande valeur du leadership, c'est l'exemplarité. Là où l'exemple n'est pas donné par ceux qui adoptent ces lois, qui doivent les appliquer, les autres ne vont pas suivre.
00:50:14: Suzy Kibira Madame Faida Mwangilwa, s'il vous était demandé de proposer des réformes, lesquelles proposeriez-vous pour sanctionner le cyberharcèlement politique et sexiste dans le numérique, dans les réseaux sociaux ?
00:50:27: Faida Mwangilwa Je crois que nous avons des textes, mais c'est comme le disait Son Excellence Mboso, c'est leur mise en application. C'est ça le problème. Je vais revenir sur l'éducation citoyenne. L'éducation citoyenne. Nous protégeons quelles valeurs en République démocratique du Congo ? Pas du tout. Nous sommes là un peuple qui navigue. Je vois notre histoire les 25 dernières années, depuis qu'on a mis en place le nouvel ordre politique à la fin des négociations politiques inter-congolaises. Donc, depuis 2003 jusqu'aujourd'hui, en 2026. Je ne reconnais pas les acteurs et actrices congolaises. Vous pouvez être avec une personne dans un parti politique ou dans une organisation de la société civile, mais non. Ce que la personne défend aujourd'hui, après une année, elle défend autre chose. Et puis, elle te dit que la politique est dynamique. Non, la population continue à souffrir. Moi, je crois qu'on doit apprendre à être sérieux pour que notre pays soit respecté. Ça fait partie vraiment de mon cheval de bataille.
00:51:40: Faida Mwangilwa Ça fait plus de 20 ans que je travaille avec la jeunesse féminine et c'est tout le temps, au niveau de mon bureau de consultation, je reçois les jeunes filles et j'apprécie l'émission Tribune de la femme. C'est l'espace qu'on m'a offert lorsqu'on m'a nommée Ministre de la Condition Féminine et Famille, c'était à un moment très difficile. La période de transition juin 2003-mars 2007, j'ai été au gouvernement pendant ce temps. C'est à cause de cette émission que petit à petit, moins de trois mois, les femmes ont commencé à fréquenter ce ministère. Parce qu'avant, elles pensaient que c'était un ministère confié à une personne qui vient de la rébellion. Qu'est-ce qu'elle va nous dire ? Non, on a travaillé sur l'expertise. Je me suis concentrée sur l'expertise. Et l'émission ici, merci beaucoup à madame Odia, qui m'invitait tout le temps et j'ai expliqué ce que j'avais comme politique du ministère. Ce n'est pas pour danser. Le ministère du genre, c'est un ministère de développement, c'est un ministère d'éducation citoyenne. Nous avons directement travaillé sur un document de stratégie d'intégration du genre. Je n'ai jamais eu peur de quitter le gouvernement. À un certain moment, en 2004, on a eu des problèmes lors de la célébration de la Journée internationale de la femme.
00:53:05: Faida Mwangilwa On a presque jeté de la salive sur un leader politique qui était également mon leader. Mais je vous assure, je n'ai pas eu peur de partir parce que moi, je me dis qu'on est là pour servir la nation et on doit continuer à servir la nation, qu'on soit au gouvernement, dans les institutions comme en dehors des institutions, il y a lieu de se faire un nom.
00:53:27: Faida Mwangilwa Et je vous dis, il y a beaucoup à faire. Si vous faites le tour de ce pays, vous allez comprendre qu'il y a beaucoup de choses à faire alors que les gens se battent ici pour des fonctions. L'argent, vous pouvez toujours avoir l'argent. Beaucoup de politiciens ont eu l'argent, mais où est-ce qu'ils sont partis ? Ça, ça doit être ancré dans nos esprits en disant : « Je dois d'abord travailler pour la population avant de penser à mes propres intérêts. Je préfère mourir pauvre que mourir riche en laissant beaucoup de problèmes à la nation.
00:54:02: Suzy Kibira Madame Anne-Marie Makombo, comment soutenir le genre d'émissions comme la Tribune des femmes qui boostent les idées et qui permettent à plusieurs femmes aujourd'hui d'accéder à la politique et de participer à des postes de prise de décisions ?
00:54:19: Anne-Marie Makombo Je pense que les femmes devraient répondre positif quand on les invite. D'abord ça. Parce que nous avons tendance à nous éclipser, trouver des tas de raisons pour ne pas passer à la télévision quand on vous invite. Il y a ça, et puis, je dirais que les femmes qui ont les moyens, qui ont accédé à des postes de prise de décisions, qui ont certains moyens, de pouvoir aussi faire des dons à cette émission pour qu'on puisse plus spécialiser ça. Comment ? Améliorer l'émission parce que ça demande de l'argent, parce que nous savons que nos journalistes dans notre pays travaillent avec beaucoup de difficultés, ne sont pas vraiment bien rémunérés et tout travail pour que vraiment, ça puisse atteindre son but, il faut quand même certains moyens et on a tendance à les ignorer. Je dirais ça et puis aussi, les femmes qui ont certaines idées pour améliorer l'émission, contactez les journalistes de Tribune des femmes et partagez les idées, peaufinez un peu, voir comment on peut améliorer l'émission. Mais surtout, moi, je dirais que les femmes qui ont les moyens, même les hommes aussi, de se donner vers ce genre d'émission et de donner leur apport financier pour que nous puissions aller de l'avant et perfectionner ce genre d'émission qui aide énormément à l'évolution de la femme congolaise.
00:56:12: Suzy Kibira Vous êtes tous ici membres des partis politiques, mais est-ce que les militants de vos différents partis politiques, Madame Babandoa, renforcent leurs capacités en matière du numérique ? Parce qu'aujourd'hui, c'est vrai qu'on vend son image, mais on peut également la ternir dans les réseaux sociaux.
00:56:38: Odette Babandoa
Oui, je crois que tout le monde utilise le numérique aujourd'hui. Même la femme connaît [inaudible: dans le numérique. Si vous avez plus de militants dans le numérique, ça facilite même la transmission des messages, la transmission de votre projet de société. Des décisions qui sont prises dans les partis politiques, peuvent arriver à l'arrière du pays facilement, sans vous déplacer. Mais il faut avoir, ceux qui sont à l'arrière-pays, qui sont formés aussi, qui savent maîtriser aussi ces outils de numérique. Tant que nous n'avons pas encore les niveaux élevés, le numérique peut rester l'heure jusqu'à présent.
00:57:43: Suzy Kibira Madame Faida Mwangilwa, la pauvreté porte le visage de la femme. Pendant plusieurs années, vous avez encadré, vous avez dirigé le ministère qui s'occupe des femmes. Comment faire pour aider cette femme qui aujourd'hui, dans l'entrepreneuriat, elle est coachée pour pouvoir vendre ses articles dans les réseaux sociaux, mais jusque-là, elle n'arrive même pas à l'utiliser. On parle peut-être de la femme qui est l'élite, qui sait utiliser le téléphone, mais celle de la base, qui n'a pas de réseau, celle de la base, qui n'a pas d'argent, celle de la base, qui ne sait même pas se déplacer pour valoriser le petit produit qu'elle donne au monde avec une sueur, peut-être, qu'elle ne sait même pas comment retrouver tous les efforts qu'elle a pu fournir. Comment aider cette femme à sortir de ce manque de connaissances sur le numérique ?
00:58:36: Faida Mwangilwa En tout cas, depuis que je suis partie du gouvernement, je suis partie des fonctions politiques, mais je suis sur le terrain jour pour jour, et c'est le travail que nous sommes en train de faire avec les organisations féminines de la société civile. Parce que j'ai pris congé des partis politiques, je me dis que c'est une perte de temps qu'il faut se mettre à travailler pour la population, et là, nous organisons des formations. On a ensemble avec certaines organisations qui ont mis en place des petits fonds pour accompagner les femmes, on essaye de faire le tour pour aller sensibiliser, pour aller chercher les moyens, mobiliser les ressources, former les jeunes, parce qu'on peut ne pas le vouloir, on n'a pas grandi avec le numérique, mais nous sommes obligées de nous adapter parce que ça nous facilite beaucoup de tâches. Nous pouvons organiser des réunions à distance, nous pouvons envoyer des éléments et les femmes exercent leur petit commerce, on donne un peu de moyens, donc il faut absolument continuer. Mais une chose que je dois souligner ici. Lorsque nous mobilisons les ressources au niveau extérieur, nous rencontrons des difficultés parce qu'on nous dit : « Oui, dans votre bilan, donnez votre rapport financier. » On donne.
00:59:53: Faida Mwangilwa Les Congolais n'appuient pas leurs frères et sœurs. Ils appuient juste pendant les élections. Ils donnent beaucoup de moyens. Appuyez les organisations féminines qui sont à la base, une femme à qui vous pouvez donner 100 $. Je vous dis, après une année, si elle joue un bon rôle, vous allez la retrouver avec plus de 2 000. Nous, on n'a pas cette culture d'appui aux organisations féminines, et à un moment, on a fait le tour auprès de certaines organisations, institutions. Je vous dis, il y a ceux-là, des dirigeants qui nous laissaient dans leurs salons pour dire : « Ok, mon conseiller financier passera pour vous remettre notre contribution. » Je vous dis, on est resté jusqu'à 22h00... Des mensonges, je ne comprends pas. Comment quelqu'un peut promettre quelque chose, vous laisser là. Ça nous cause des problèmes parce que les partenaires extérieurs voudraient quand même voir les Congolais se prendre en charge avec les moyens. Ce ne sont pas des moyens qui nous manquent. On voit comment ils les gaspillent. On voit comment ils achètent des villas à l'extérieur.
01:01:02: Faida Mwangilwa Et les enfants, maintenant, des gens qui nous ont colonisés, nous ont posé des questions : « Nos grands-pères vous ont aidés à construire des églises, vous ont aidés à vous faire scolariser. Mais vous-mêmes, vous êtes incapables de vous aider ou de vous soutenir mutuellement. » Je crois, on doit revenir sur cette solidarité-là et voir comment soutenir les actions de toutes ces femmes qui sont sur le terrain. Vous les rencontrez, ne les prenez pas comme des mendiantes. Ce sont des personnes qui nourrissent leurs familles en vendant peut-être la braise et tout. Si vous distribuez des téléphones Android de 50 $, ça vous coûte quoi ? Parce que même les membres de famille, c'est plein. Il y a des gens, quand ils montent et il a un peu de moyens, il oublie même toute sa famille. C'est vraiment de l'ignorance en termes de développement.
01:01:54: Suzy Kibira Nous avons l'honneur de présenter cette émission dans le cadre des 25 ans d'existence de l'émission Tribune des femmes. Nos invités ici ont témoigné de la grandeur de cette émission qui est animée par madame Christine Lenzo, qui est productrice des émissions, mais également journaliste, présentatrice des informations également à la Télévision nationale, et madame Odia, une carrière, une histoire, un nom. Monsieur Mboso, dans ce beau Studio Fritz, essayez un peu de nous dire, avez-vous déjà été victime des violences verbales et numériques pendant la campagne ? Et si les membres de votre parti politique l'ont déjà été, et comment vous avez fait pour soigner cette image ?
01:02:45: Simon Mboso Kiamputu Merci beaucoup pour cette question. Si j'ai été victime pendant la campagne ? De manière générale, non. Souvent, ce qui arrive, ce sont des adversaires ou des concurrents. Il y en a qui n'ont pas d'arguments, qui font des attaques personnelles. Moi, ce que je n'ai jamais fait. J'ai toujours dit, et à mes partisans et aux membres de mon parti, nous ne nous occupons pas des adversaires, nous faisons notre propre promotion. Moi, ma stratégie a été toujours celle-là. Il faut se valoriser soi-même, se vendre soi-même. Quand vous passez votre temps à dénigrer les autres, eux aussi vont commencer à vous dénigrer et ça va être la cacophonie. Ça, j'ai toujours... en tout cas, évité cela, moi-même, je ne le fais pas. J'ai toujours interdit à mes partisans, même quand nous étions attaqués, de ne pas répliquer. Je pense que moi-même, aujourd'hui, comme madame Faida, en dehors de la politique, j'ai travaillé beaucoup comme consultant, et dans mon approche, même des interventions dans le domaine de la consultance, j'ai choisi de travailler sur le positif.
01:04:07: Simon Mboso Kiamputu J'ai toujours eu comme principe que quand on veut changer quelqu'un, travaillez sur ce qui est positif en lui. Quand vous renforcez ce qui est positif en lui, automatiquement, vous diminuez ce qui est négatif. Je crois que même dans notre action pour soutenir les femmes, c'est vraiment... Les gens travaillent plus sur les défauts. Le buzz, comme on l'a dit ici, est fondé sur ce qui est négatif généralement, ce qui est normalement des antivaleurs. Mais si nous pouvons, dans nos émissions — comme cette émission est aujourd'hui, on dit beaucoup de bien de cette émission — mettre en valeur tout ce qui est positif. Moi, j'anime une émission à Radio Maria, Leader et Manager. Peut-être, c'est ce que je vais proposer à nos amies qui animent cette émission, c'est de faire... Je ne sais pas si c'est possible de faire cette émission à téléphone ouvert. Parce que moi, j'ai fait une émission à téléphone ouvert, quand les gens réagissent, ils interviennent, ils disent des choses qui ne sont pas bonnes ou qui sont bonnes. Ils nous critiquent, nous qui avons assumé des responsabilités dans le pays. « Pourquoi vous n'avez pas fait ceci ? Pourquoi ? » Ça permet d'enrichir et de faire entendre les voix des sans-voix.
01:05:28: Simon Mboso Kiamputu Les gens qui sont dans le village, qui sont à l'intérieur, qui peuvent prendre des téléphones, des mamans qui sont dans les affaires, qui sont dans le métier de femme magistrat, de femme médecin et tout ça, qu'ils puissent parler, disent aussi parce que ces émissions qui restent entre leaders, entre dirigeants, il y a des choses qu'on n'entend pas. Il y a des choses qui n'arrivent pas.
01:05:57: Suzy Kibira Madame Anne-Marie Makombo, comment aider non seulement le journaliste à pouvoir communiquer pour changer les choses par rapport à la cybercriminalité dont sont victimes les femmes dans les réseaux sociaux. Pas seulement les femmes politiques, mais même une personne lambda, on t'en veut et on utilise le numérique pour ternir ton image.
01:06:22: Anne-Marie Makombo
Je dirais, comme Excellence Mboso, moi, j'ai tendance, quand j'entends ce genre de critiques, il faut chercher, fouiner dans la personne, même une petite qualité qu'il a, quelque chose de bien qu'il a, mettre ça en évidence maintenant. Là, vous le clouez... Vraiment, vous le clouez par terre, vous l'achevez. Quand vous renvoyez ces critiques par un compliment de sa part, mais un vrai, il ne faut pas dire des faussetés. Quelque chose [inaudible: qui le touche, là, vous le neutralisez complètement. En général, c'est ça, ce que j'ai l'habitude de faire, parce qu'en chaque homme, en chaque femme, il y a toujours quelque chose de bien en lui. Et chercher cette chose-là et balancez-lui, dites-lui et vous l'anéantissez complètement.
01:07:18: Suzy Kibira Madame Babandoa, comment aider les journalistes à améliorer leur communication pour parvenir à une réponse escomptée à travers le numérique ?
01:07:30: Odette Babandoa Moi, je dis toujours : la violence appelle la contre-violence. Quand vous lancez des mots qui blessent les autres, ils vont être appelés à venir réagir. Mais quand vous vous limitez à l'enseignement, à l'éducation, à la formation, je ne pense pas qu'il y aura vraiment des problèmes et des insultes. Les journalistes, quand ils font correctement le travail d'éducation, je ne pense pas qu'ils ont quand même des problèmes d'être attaqués. Même nous, les personnalités politiques. Si nous passons notre temps à insulter, à critiquer les autres, nous devons nous attendre à des réactions de la part de ceux-là. Quand vous parlez de la société, comment la société doit être, comment les choses doivent évoluer d'une manière objective, je pense qu'il y aura moins d'insultes. Et de toutes les façons, il y a quand même la réglementation aussi qui doit s'appliquer. Il faut que la loi s'applique. Quand vous avez insulté quelqu'un, la loi doit s'appliquer. Quand vous avez calomnié quelqu'un, il faut que la loi s'applique. Là, nous demandons que les magistrats s'impliquent. Quand tu te sens humilié, saisis la justice pour que prochainement, quelqu'un d'autre ne puisse pas t'humilier encore davantage.
01:08:49: Suzy Kibira Madame Faida Mwangilwa, est-ce que les femmes peuvent parvenir réellement à transformer cette présence numérique en pouvoir d'influence réelle ?
01:09:01: Faida Mwangilwa Je vous dis, c'est possible, mais tout dépend de la volonté et de la vision qu'on a. J'ai dit tout au long de cette émission, il faut être l'acteur et l'actrice du changement qu'on veut. Je vais vous citer un petit cas parce que ces derniers temps, les gens vous parlent d'assainissement de la ville de Kinshasa. Ça fait 20 ans. J'étais ministre en 2006. J'étais ministre, je suis allée habiter à Kintambo, dans un coin. Vraiment, c'était très sale. J'avais un peu de moyens, mais je travaillais seule jusqu'aujourd'hui. Le matin, je me réveillais, je prenais ma bêche chaque samedi et je travaillais le long de la route. Actuellement, c'est des fleurs qui sont là. Ça fait plus de cinq ans, des fleurs. Nous avons mis en place un syndicat des habitants de quartier Nganda. On a travaillé. Nous-mêmes, on a mobilisé les ressources avec des voisins qui sont à l'extérieur du pays, mais qui ont des habitations. Nous avons construit le pont qui mène vers le centre de comptabilité, un pont qui nous a coûté 40 000. Pas de politiciens, des citoyens du quartier. Les uns, 1 100 $, 50 $ et tout. Ça fait quoi ? Ça fait du bien.
01:10:14: Faida Mwangilwa Tout le monde dans mon petit coin me respecte pour cela. Et je publie régulièrement. Quand je fais le sport, je publie à travers Facebook, vous pouvez travailler sur votre corps, mais en faisant aussi du bien aux autres. Quand les gens passent, me voient en train de travailler, ça ne me coûte absolument rien, mais je donne le bonheur aux gens qui prennent, des jeunes qui viennent prendre des photos, s'asseoir en dessous des arbres. Ça fait du bien. Il faut agir par le bien. C'est ça notre appel. Et d'ailleurs, au sein de cette émission, Tribune de la femme, on n'a jamais critiqué. Jamais vous verrez madame Odia, madame Christine, provoquer des sujets, parce qu'il y a des journalistes qui sont spécialistes dans ça. Ils évoquent des sujets pour vous pousser à injurier les gens. Ce n'est pas ça le journalisme. Nous, à la Tribune de la femme, on agit par rapport au bien de tout le monde. Jamais de critiques, jamais des injures.
01:11:14: Suzy Kibira Monsieur Mboso, qu'est-ce qu'il faut encore faire pour une participation politique accrue des femmes en RDC ?
01:11:23: Simon Mboso Kiamputu
Qu'est-ce que je peux proposer ? C'est quelque chose qui ne vient pas de moi, mais vient du débat et de l'émission que j'ai fait avec Radio Maria. Leadership de qualité, citoyenneté exigeante. Je crois que ça fait deux choses très importantes [inaudible: . Pour moi, ce sont les deux choses : leadership de qualité, des citoyens exigeants.
01:12:48: Simon Mboso Kiamputu Les gens n'attendent que les élections pour venir sanctionner les gens qui travaillent mal. Pendant qu'ils sont là, pendant qu'ils font mal, vous ne dites rien. Il y a un exemple qui nous a été donné dans le téléphone ouvert. Il y a un député qui vit dans un quartier un peu populaire. Il y a des mamans qui sont allées à deux, pour le voir le matin. Il sort avec sa voiture, il dit : « Je n'ai pas le temps. » Le lendemain, elles sont venues à 10. Le surlendemain, je crois, à 40, elles ont bloqué la route. « Vous allez nous écraser aujourd'hui, avant d'aller là où vous allez. » Il a dû s'arrêter, sortir et discuter avec ces mamans. Ce sont les mamans qui sont majoritaires.
01:13:30: Faida Mwangilwa Vous savez, ceci pour faire rigoler un peu nos auditeurs et auditrices. Un jour, j'ai travaillé, je vois un monsieur à 6h00, il vient pisser là-bas, 6h30. Il pisse et moi, je viens me mettre devant lui. Il enlève, mais vraiment... Il dit : « Ça, je n'ai jamais connu. Comment je suis en train de pisser et tu te tiens devant moi ? » Moi, je dis : « Ce n'est pas ici qu'on pisse. Tu pouvais me demander la toilette, je pouvais aller... Chez moi, c'est là-bas. Viens, tu vas aller pisser. » Et puis, il sort, il parle avec un autre passant, il dit : « Je rentre à la maison. Ce que je vois aujourd'hui... » Ça, c'est 2013. « Ça, je n'ai jamais vu. Tu pisses et une femme venir se mettre là debout. Peut-être, je vais mourir, je rentre. » Donc, il faut éduquer les gens à travers les exemples. Fini. Plus de gens qui viennent pisser là-bas.
01:14:19: Suzy Kibira Comment changer ?
01:14:20: Simon Mboso Kiamputu Formons nos citoyens à être exigeants. Moi, je suis consultant dans le domaine de la conduite de changement. Tous les experts vous disent : la première chose, il faut créer un sentiment d'urgence, d'insatisfaction. Nous sommes contents d'être dans des situations d'insatisfaction, d'insalubrité, des situations où vous allez avoir des moustiques parce que les gens jettent les ordures partout. Les embouteillages dont nous nous plaignons, c'est d'abord un défi de comportement, un défi comportemental. Les gens qui ne respectent pas le code. Et quand vous leur faites la remarque, ils vous injurient, et personne ne se révolte. Un sentiment d'insatisfaction et d'urgence. Deux, il faut créer une coalition favorable au bien pour que les gens... Parce que vous ne pouvez pas tout seuls. Ce qu'elle a fait... Vous pouvez le faire dans une échelle très limitée, mais pour que ça puisse s'étendre, il faut créer des coalitions partout, avoir une masse critique qui permet de changer les choses.
01:15:29: Suzy Kibira Voilà, nous vous disons merci. Nous remercions également les invités qui ont accepté de répondre à cette invitation dans ce beau studio. Madame Anne-Marie Makombo, merci d'avoir accepté de répondre à cette invitation.
01:15:43: Anne-Marie Makombo
inaudible: s'exprimer, donner son point de vue, partager. Ce fut vraiment un plaisir.
01:15:51: Suzy Kibira Merci beaucoup, Monsieur Simon Mboso Kiamputu. Vous êtes ancien député, consultant, ancien ministre, acteur politique. Merci d'avoir-
01:15:59: Simon Mboso Kiamputu Merci, je suis le plus heureux d'être le seul homme, bien joyeux dans cet espace. En tout cas, j'encourage les mamans. Moi, je vais contribuer de toute façon.
01:16:10: Suzy Kibira Merci beaucoup, Madame Odette Babandoa.
01:16:13: Odette Babandoa
diaphonie: Je suis en train de féliciter madame Lenzo, madame Odia, pour tout le travail qu'elles ont abattu pour la République. Et nous croyons que la République restera reconnaissante vis-à-vis d'elles.
01:16:27: Suzy Kibira Madame Faida Mwangilwa, merci.
01:16:29: Faida Mwangilwa Merci beaucoup à l'Allemagne. J'aime beaucoup les fondations allemandes, la Fondation Konrad Adenauer, la Fondation Hanns Seidel, la Fondation Friedrich Ebert. C'est fantastique avec ces studios. Ça vous donne le goût d'y rester et de faire sortir tous les éléments à l'intention des auditeurs et auditrices.
01:16:47: Anne-Marie Makombo Vous n'avez plus regardé l'heure.
01:16:48: Suzy Kibira En tout cas... Nous vous disons merci de nous avoir suivis. Merci pour ce beau studio. Merci pour l'ambiance et merci à Tribune des femmes pour l'invitation. On se dit au revoir et à la prochaine, si Dieu le veut.
01:17:05: Orateur Les rêves des léopards rouges, politique et société en RDC. Un podcast de la Fondation Friedrich Ebert. Production : John Makasi. Régie : Constantin Grund.
Nouveau commentaire