05 | Entre ambition et réalité. Perspectives pour un salaire minimum équitable en RDC

Des notes d'épisodes

Dans de nombreux domaines politiques, il existe un fossé entre les ambitions politiques et la réalité sur le terrain. C'est également le cas pour le salaire minimum en République démocratique du Congo. Les revendications des travailleurs sont-elles vraiment déraisonnables ? Où se situent les limites de la compétitivité pour les employeurs ? Qu'en est-il de la capacité des responsables politiques à piloter la situation ? Nous avons fait le point sur l'état actuel du débat et accueilli Fritz dans notre studio :

M Donat Bagula Mugangu, Sécretaire générale auprès du Ministère de l'Emploi et Travail M Guy Kuku, Président de la Confédération Démocratique du Travail (CDT) Mme Mireille Kalume, Fédération des Entreprises du Congo (FEC) M Jules Kajinglu, Avocat en droit de travail M Djodjo Mulamba, Modérateur

Production: John Makasi Régie: Constantin Grund

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00:00:02: Voix off Entre ambition et réalité. Perspective pour un salaire minimum équitable en République démocratique du Congo. Les rêves des léopards rouges. Politique et société en RDC. Un podcast de la Fondation Friedrich-Ebert. Depuis le Studio Fritz à Kinshasa, Djodjo Mulamba.

00:00:25: Djodjo Mulamba Fidèles auditeurs de la radio Fritz, bonjour et bienvenue à ces nouveaux podcasts. 21 500 francs congolais par jour. Pour certains, c'est les prix d'un café en terrasse, mais pour des millions de travailleurs en République démocratique du Congo, c'est censé être le rempart minimum contre la pauvreté. Mais depuis janvier 2026, ce chiffre est une réalité tangible ou un simple mirage. Au milieu de cette émission, nous décortiquons les enjeux du décret numéro 25/22, l'acte qui définit les nouveaux socles de notre marché de l'emploi. Notre thème d'aujourd'hui est « SMIG 2026, la loi fasse au réel ». Mais au-delà de chiffres, c'est tout un système qui est interrogé. Ce matin, nous sortons du texte de loi pour entrer dans le quotidien des Congolais, pour comprendre pourquoi ce décret n'est pas encore une réalité pour tous, accueillons nos invités. Je vais commencer avec monsieur le Secrétaire général à l'emploi et au travail, monsieur Donat Bagula. Bonjour.

00:01:30: Donat Bagula Bonjour.

00:01:31: Djodjo Mulamba Merci de votre présence. Ici, vous allez jouer le rôle de garant de la norme et de l'application. À ma droite, nous avons monsieur Guy Kuku, président du syndicat CDT et membre de l'Intersyndical. Bonjour.

00:01:46: Guy Kuku Bonjour.

00:01:47: Djodjo Mulamba Merci d'être là. Vous êtes la voix des travailleurs et de l'Intersyndical. Bienvenue sur ce plateau. Puisque nous sommes un pays où la masculinité positive est prônée, nous avons une dame à l'extrême gauche, c'est madame Mireille Kalume. Elle est administratrice à la Fédération des entreprises du Congo, FEC et aussi entrepreneur.

00:02:13: Mireille Kalume C'est cela.

00:02:13: Djodjo Mulamba Bonjour, madame.

00:02:14: Mireille Kalume Bonjour.

00:02:15: Djodjo Mulamba Merci d'être là.

00:02:15: Mireille Kalume Merci de nous avoir invités.

00:02:18: Djodjo Mulamba En dernier lieu, c'est l'organe de loi. C'est Maître Jules Kajingulu, spécialiste en cours du travail. Je vous dis également bonjour.

00:02:28: Jules Kajingulu Bonjour, monsieur. Je voudrais préciser que l'organe de la loi, c'est pour le ministère public. Moi, je suis partenaire de la justice, je suis acteur de la justice, je suis auxiliaire de la justice. Je ne suis pas l'Organe de la loi. L'organe de la loi, c'est le magistrat du parquet.

00:02:45: Jules Kajingulu Merci pour cette précision. C'était une manière de vous taquiner. On va commencer l'émission. Le décor est déjà planté. Fidèles auditeurs, encore une fois, bienvenue à ce podcast consacré au SMIG 2026. SMIG, Salaire Minimum Interprofessionnel Garantie. Messieurs, pour commencer, il est important que nous puissions parler tous le même langage. On entend parler souvent des SMIG. C'est quoi SMIG ? Que contient ces textes ? Le décret 25/22. Monsieur le Secrétaire général, est-ce que vous pouvez nous dire un peu plus sur ces décrets ?

00:03:26: Donat Bagula Avant de vous parler du décret, je voudrais d'abord préciser que le SMIG, qui est le Salaire Minimum Interprofessionnel Garantit, c'est une orientation politique de la fixation de salaire au niveau national, qui est garantie d'abord par la Constitution de la République démocratique du Congo, mais aussi cette notion, dans le cadre de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles, il y a le Code du travail qui aussi entérine, cimente cette notion de salaire minimum interprofessionnel garanti. Pour le mettre en œuvre, maintenant, il y a un décret. Un décret du Premier ministre qui fixe les SMIG, qui est le taux minimum applicable en termes de salaire en République démocratique du Congo.

00:04:31: Djodjo Mulamba Monsieur le Secrétaire général, qu'est-ce qui a changé ? Quels secteurs clés sont concernés et pourquoi avoir fixé aujourd'hui 21 500 francs congolais ?

00:04:44: Donat Bagula Rien n'a changé en termes de secteur, puisque quand vous regardez le SMIG, il est dit : « Il est applicable en République démocratique du Congo pour toute entreprise et établissement de toute nature, c'est-à-dire sans distinction de profession d'activité. En second lieu, ce que l'on peut considérer à changer, c'est les taux. C'est le taux du SMIG, mais puisque c'est une notion périodique et le décret lui-même, ce n'est pas seulement ce décret ici, c'est-à-dire qu'il y a les décrets qui fixent les modalités de fixation et d'ajustement du SMIG et qui décrit quels sont les critères à prendre en considération en termes de fixation ou en termes d'ajustement. Je voudrais vous rassurer qu'en principe, suivant ce décret qui détermine les modalités de fixation et d'ajustement du SMIG, en principe, c'est chaque année que l'on doit considérer si les critères d'ajustement du SMIG sont réunis pour procéder à un ajustement éventuel. Mais la fixation est fixée par décret du Premier ministre à l'issue du Conseil National du Travail. C'est ça la procédure.

00:06:15: Djodjo Mulamba Merci monsieur le Secrétaire général pour cette explication. Nous allons nous tourner vers le maître Jules Kajingulu. Est-ce que vous pouvez nous donner de précisions sur les sanctions qui sont prévues en cas de non-respect de de ce décret.

00:06:32: Jules Kajingulu Bien sûr. Avant de vous donner les sanctions... D'ailleurs, les sanctions sont simples, ça va des amendes à la fermeture de l'entreprise qui ne respecte pas le SMIG. Mais il faut dire que si on voit le SMIG seulement quand le Premier ministre publie son décret, il faut dire qu'en amont, le SMIG n'est pas le résultat d'une fixation d'autorité du Premier ministre. Le SMIG, c'est résultat d'un travail concerté entre le pouvoir public et les partenaires sociaux du gouvernement, notamment les patronats. J'ai en face de moi un membre du patronat et le travailleur, les organisations professionnelles. À côté de moi, il y a un syndicaliste. Donc, l'ensemble de ces organes se mettent d'accord et étudient profondément les questions liées à la détermination du SMIG et fixe ensemble le taux applicable au SMIG. Le Premier ministre ne veut que sanctionner par son décret, d'ailleurs débattu aussi au Conseil des ministres. Donc, c'est un résultat commun de l'ensemble des partenaires sociaux et des pouvoirs publics. Les sanctions, il n'y a pas beaucoup à dire. C'est lui qui ne respecte pas le SMIG. On voit les enquêteurs qui vont descendre sur le terrain, ils vont apprécier souverainement les degrés-

00:07:54: Djodjo Mulamba Vous faites allusion à l'Inspection générale du travail.

00:07:56: Jules Kajingulu L'inspection du travail. Les enquêteurs descendent sur le terrain, ils voient les degrés d'application et de non-application. Ils sanctionnent. Les sanctions vont des amendes à la fermeture. Ça, ça relève du pouvoir décisionnaire des inspecteurs.

00:08:13: Djodjo Mulamba Les amendes, elles sont lourdes ou bien c'est en fonction de la taille des entreprises ?

00:08:17: Jules Kajingulu Je dis que ça dépend du degré de non-applicabilité. Si vous n'avez jamais appliqué le SMIG depuis qu'il a été décrété, je ne sais pas comment l'inspecteur du travail va apprécier. Donc, le taux de sanctions relève des pouvoirs d'appréciation, j'allais dire, souveraine, pas du juge, mais de l'inspecteur du travail.

00:08:40: Djodjo Mulamba Merci beaucoup, Maître Kajingulu. Nous avons maintenant la théorie et elle semble être protectrice. Pourtant, sur le terrain, le son de cloche est bien différent. Si la loi dit oui, pourquoi les quotidiens disent-ils encore non ? Monsieur le syndicaliste Guy Kuku, vous qui êtes en contact direct avec les travailleurs, quel diagnostic faites-vous par rapport à l'application de ce SMIG 2026 ?

00:09:07: Guy Kuku Merci beaucoup, monsieur le journaliste. Je pense que comme on l'a vu, sur le terrain, il y a des réalités différentes. Différentes parce qu'il y a des employeurs qui l'appliquent. Ça, il faut aussi le reconnaître parce que souvent, dans l'opinion, maintenant, on dit : « Ce n'est pas appliqué, ce n'est pas appliqué. » Non, il faut relativiser les choses. Il y a des employeurs qui les appliquent très bien et qui l'ont même appliqué avant même le SMIG. Ils sont au-delà de ce SMIG-là. Il y a des employeurs, même ce SMIG pour eux, ça ne fait aucun souci. Ça n'est pas un problème parce qu'ils sont au-delà de ce SMIG.

00:09:46: Djodjo Mulamba Il y a d'autres qui ne l'appliquent pas.

00:09:46: Guy Kuku Il y en a maintenant qui ne l'appliquent pas, qui sont en deçà. Ce sont ceux-là, normalement, c'est de ceux-là qu'on devrait parler. Pourquoi agissent-ils ainsi ? Vous avez posé des questions. Je pense que le Secrétaire général et maître qui est ici à mes côtés ont dit : « Le SMIG, en réalité ne pouvait pas poser les problèmes qu'ils posent. S'ils se posent, il y a des questions à poser à ceux qui ne l'appliquent pas. » Parce que, comme le maître l'a dit, ce n'est pas le Premier ministre qui a fixé les décrets. Ça, c'est une version qui est erronée. Le SMIG a été fixé entre les employeurs, les travailleurs et le gouvernement dans un cadre qui s'appelle le CNT. Je suis heureux parce que la représentante des employeurs qui est avec nous sur la table était au cœur de cette négociation-là. Nous étions ensemble, ce sont des discussions. Quand on termine les discussions, on arrête les chiffres. Quand on arrête les chiffres, on signe les PV de consentement entre les représentants des travailleurs et des employeurs. Pour l'histoire, c'est moi qui ai représenté et qui ai signé ces documents au nom de tous les travailleurs.

00:11:08: Guy Kuku Je pense que notre collègue, ce n'est pas elle qui a signé, mais quelqu'un qui était à ses côtés, c'est lui qui avait signé pour le SMIG. Maintenant, entre la réalité et les décrets, comme nous sommes en train de dire, ceux qui ne veulent pas signer... D'abord, il y a eu trois phases à l'époque pour ne pas signer.

00:11:30: Djodjo Mulamba Lesquelles ?

00:11:32: Guy Kuku La première phase, c'est que ça a commencé par ce que nous avons appelé « l'ajustement ». Normalement, il y a eu des réunions. Comme le Secrétaire général l'a dit, selon la loi, chaque année, on doit avoir au moins deux conseils nationaux de travail, au moins. La loi dit au moins, ça dit qu'on peut en avoir plus.

00:11:50: Djodjo Mulamba Ça se tient aussi ?

00:11:51: Guy Kuku Maintenant, non. Je dis : Ça, c'est la loi, ça ne se tient pas comme ça. Il y a des fois, ça se tient, deux fois, d'autres fois moins. Des fois aussi pas du tout par an. Donc, ça dépend des problèmes et des circonstances qu'on invoque. Mais j'ai dit pour l'historique du SMIG actuel, donc ça a été précédé par une évaluation. Une évaluation qui a été faite entre les employeurs et les travailleurs et le Secrétaire général qui est en face de moi, celui qui présidait cette séance-là de travail. On a évalué, on s'est entendu, on a vu que tout le monde était d'accord, on doit réajuster parce que ça a pris du retard. La dernière fois que nous étions là pour fixer ce SMIG, c'était en 2018. Donc, normalement, chaque année, on devait évaluer. Depuis 2018 jusqu'en 2025, je crois. Déjà 2025, on ne se voyait plus. Donc, ça faisait à peu près sept ans. On a pu évaluer le SMIG qui était à 7 000 à l'époque. On a pu évaluer sept ans de retard. C'est comme ça quand nous nous sommes retrouvés dans la commission d'évaluation, on a dit : « Voici, il était à 7 000, c'était l'équivalent de cinq dollars. »

00:13:05: Guy Kuku On a dit : « Pour rester proportionnel, garder les mêmes niveaux sans augmenter, mais garder son niveau de pouvoir d'achat. » Donc, on a évalué à 14 500 parce qu'à ce moment-là, le taux de dollar était à 29 000 à peu près. C'est comme ça qu'on a dit 14 500 qui était l'équivalent d'à peu près cinq dollars.

00:13:31: Djodjo Mulamba Aujourd'hui, on est à 21 000.

00:13:32: Guy Kuku Non, je dis l'historique. Quand on a dit ça, on a envoyé les rapports, le Secrétaire général a envoyé les rapports au ministre. Comme c'était l'ajustement, normalement, c'est le ministre qui devait signer. Le ministre a signé l'arrêté Quand les employeurs ont appris, ils ont refusé, ils ont dit : « Non, ce n'est pas... Même si vous aviez constaté ça dans l'évaluation, ça devait aller au Conseil National du Travail. « » Il faut un Conseil National pour que cet arrêté-là, que nous, nous puissions l'accepter, de l'appliquer. Deux, ils ont dit : « Ça ne devait pas être le ministre du Travail qui devait signer l'arrêté, ça devait être un décret. » C'est la seule objection qu'ils ont fait à ce moment-là. Le Premier ministre nous a convoqué, on a dit : « OK, on va au Conseil National du Travail. » Pour faire quoi ? Pour aller avaliser ce qui est même la procédure qu'ils ont voulu. On va au Conseil National du Travail. Nous arrivons, mais nous, on a prévenu-

00:14:26: Djodjo Mulamba De manière brève, si vous pouvez résumer.

00:14:28: Guy Kuku OK, on a prévenu. On a dit : « On ne va pas normalement au Conseil du travail pour évaluer. C'est la commission d'évaluation qui évalue. Mais si on va au Conseil, nous, on va renégocier ce SMIG. » Ça, c'était la thèse des syndicats. Effectivement, quand nous sommes arrivés, c'est là que nous sommes arrivés à 21 500. Vous allez vous demander pourquoi ? Parce que nous avions dit l'étape d'évaluation, on a trouvé que c'est 14 000, mais on ne peut pas aller dans une négociation au Conseil National du Travail pour évaluer. On va là-bas pour négocier. Pour nous, la commission d'évaluation ayant déjà fait le travail, le reste qui reste à faire, c'est la négociation du nouveau SMIG. C'est comme ça que quand nous sommes arrivés, on a dit : « OK, l'évaluation avait donné 14 500, on applique. Mais l'année prochaine, qui est l'année... Parce que c'est en 2025, l'année prochaine, le 1ᵉʳ janvier, il faut qu'on fixe un nouveau SMIG. »

00:15:26: Djodjo Mulamba Aujourd'hui, on est au mois de mai.

00:15:27: Guy Kuku C'est cela.

00:15:28: Djodjo Mulamba Monsieur Guy Kuku, aujourd'hui, on est au mois de mai, ce n'est pas encore appliqué.

00:15:32: Guy Kuku J'ai dit : « Certains ont appliqué, d'autres n'ont pas appliqué. » Et nous avons, avec ce qu'il a dit, avec... Ça, ceux-là, nous les appelons les réfractaires. Ceux qui refusent d'appliquer la loi sont des réfractaires.

00:15:45: Djodjo Mulamba D'accord, merci. Je vais revenir à vous. On va parler avec le patronat. On vous accuse de ne pas appliquer. C'est vrai, on reconnaît aussi qu'il y a quelques entreprises qui appliquent déjà. Ça ne pose pas un problème au regard de leur chiffre d'affaires, mais il y a certains qui n'appliquent pas. C'est quoi le vrai problème ? Peut-on parler de difficultés économiques ou d'une mauvaise volonté de la part des entreprises ?

00:16:16: Mireille Kalume Merci pour la question. Non, ce n'est pas une mauvaise volonté de la part des entreprises. Je pense qu'on est dans un cadre qui est idéal ici. C'est la première fois que les parties prenantes à la question du SMIG se retrouvent, je vais dire, dans un cadre apaisé en dehors du CNT. C'est vraiment une belle initiative de votre part, je tenais à le souligner. Aujourd'hui, je prends un petit peu l'image d'une maison qui brûle. Quand une maison brûle, qu'est-ce qu'on fait ? On ne va pas chercher à savoir qui est le coupable...

00:16:53: Djodjo Mulamba Il faut éteindre le feu.

00:16:54: Mireille Kalume Voilà, il faut éteindre le feu. Donc moi, je prends ce cadre-là exactement dans cette circonstance. Aujourd'hui, on a une maison qui brûle, c'est-à-dire qu'il y a des entreprises qui sont en danger, qu'il y a celles qui ne savent pas appliquer. Je suis tout à fait d'accord avec monsieur Kuku, parce qu'effectivement, certaines entreprises l'appliquent, d'autres qui sont majoritaires, malheureusement, ne l'appliquent pas. Pourquoi ? Parce qu'il y a des problèmes. Problèmes qui n'ont pas été identifiés au moment de la fixation du SMIG. Je m'explique. Le SMIG est soit fixé, soit réajusté. Lorsqu'il est fixé, il y a un certain nombre de critères qui sont établis par les décrets. C'est notamment les besoins essentiels d'une famille, c'est l'érosion monétaire, la capacité de remboursement des entreprises, ainsi de suite. Quand il est réajusté, on étudie l'évolution de l'indice des prix à la consommation. Lorsque cet indice est supérieur à 50% sur plusieurs relevés successifs, relevés qui viennent de la commission tripartite chargée du suivi de l'application du SMIG. Donc, lorsque ces relevés établissent qu'il y a un dépassement de plus de 50%, il y a lieu à réajustement. Ceci est dit. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? C'est qu'au cours des travaux, et là, encore une fois, on ne pointe pas qui sont les responsables.

00:18:26: Mireille Kalume Je prends ça comme une responsabilité collective. Il y a des points qui n'ont pas été analysés. La capacité financière des entreprises, l'évolution de l'indice des prix à la consommation, sauf erreur de ma part, la commission tripartite n'a pas produit ces relevés successifs, les besoins essentiels d'une famille qui n'ont pas été analysés. Pourquoi ? Parce que l'habitude qui est, je vais le dire, illégale, est de fixer le SMIG par rapport à cinq dollars. Comparatif qui n'existe pas.

00:19:00: Djodjo Mulamba Vous vous êtes vu imposée-

00:19:02: Mireille Kalume Non pas imposer. Je le dis encore aujourd'hui, vraiment, c'est : on trouve la solution, on éteint le feu. Depuis, je dirais, plusieurs CNT successifs, l'évaluation du SMIG est faite en fonction de cinq dollars. Mais lorsque vous analysez le texte, le juriste est en face de nous, il vous dira que ça n'existe pas dans les textes de loi. On étudie les besoins essentiels d'une famille, les besoins du panier de la ménagère, combien coûte un sac de farine, ils auront besoin de se déplacer, le transport est autant, ainsi de suite. Puis, on fixe un budget, à partir de là, on dégage le SMIG. L'habitude a voulu qu'on ne fasse plus comme ça. Pourquoi ? On a constaté que c'est venu au désavantage des travailleurs. Pourquoi ?

00:19:45: Mireille Kalume Tant que la monnaie se dévaluait, c'était intéressant pour le travailleur. Mais à partir du moment où la monnaie a repris de l'importance, la monnaie locale, c'était défavorable. C'est-à-dire que les cinq dollars… On avait fixé le SMIG à plus ou moins l'équivalent, donc 21 500. C'était l'équivalent de 10 dollars à l'époque. Mais aujourd'hui, à 16 500, 17 000, on est déjà à ces 10 dollars. Vous voyez qu'à l'inverse, ça ne marchait pas.

00:20:12: Mireille Kalume Pour résumer, pourquoi est-ce qu'il y a des problèmes aujourd'hui ? Pourquoi est-ce qu'il y a le feu ? C'est parce qu'on n'est pas fixé aux textes et aux procédures qui existent. Aussi simplement que ça. Qu'est-ce qui explique que certaines des entreprises l'appliquent et d'autres ne l'appliquent pas ? C'est la question que vous me posiez. Aujourd'hui, il y a 80% d'économie informelle. C'est-à-dire que malheureusement, et la FEC vraiment n'appuie pas ce genre d'entreprises, il y a des entreprises qui ne payent pas leurs taxes, qui ne payent pas leurs cotisations, qui ne respectent pas les SMIG, qui ne respectent aucune obligation.

00:20:53: Mireille Kalume Cette informelle est de plusieurs tendances. Il y a ceux qui pensent qu'ils peuvent monter des projets sans payer quoi que ce soit, sans respecter d'obligation, il y a ceux qui vont le faire à moitié et il y a même des grandes entreprises qui vont estimer qu'elles sont intouchables et qui ne vont pas appliquer ce SMIG. Donc, la question aujourd'hui est de dire : « Est-ce que si on applique ce SMIG, tout le monde va l'appliquer ? » Non. Donc, ça ne résoudra pas le problème de tous les travailleurs, malheureusement. Ça, c'est vraiment une réalité qu'il faut se fixer. Donc, il faut trouver des solutions pour les secteurs qui sont les plus fragiles.

00:21:29: Djodjo Mulamba Madame, nous allons revenir sur les solutions parce qu'il est important, comme on a dit. Il nous faut des solutions pour que ces décrets soient effectivement appliqués. Monsieur le Secrétaire général, je vais encore revenir vers vous, le constat est amer. Il y a des entreprises qui n'appliquent pas ces décrets. C'est vrai qu'il y en a d'autres, mais pour la plupart, comme l'a dit le patronat ici, beaucoup n'appliquent pas ces décrets. D'un côté, il y a des entreprises qui ne s'alignent pas et de l'autre, des travailleurs qui ne survivent plus. Mais alors, qui doit siffler la fin de la récréation ? Dites-nous, où en est l'inspection générale du travail ? Est-ce que vous avez le moyen réel de contrôler l'application sur toute l'étendue du pays ?

00:22:18: Donat Bagula Je ne pense pas qu'il faut voir ça en termes de moyens, mais c'est plutôt les dispositions de la loi. Comme ça a été dit par mes prédécesseurs, prédisposent que les inspecteurs du travail sont habilités à contrôler toutes les questions en rapport avec les codes du travail, y compris les SMIG, l'application du SMIG. Je peux vous rassurer que présentement, il y a une équipe, il y a des missions d'inspection qui ont été envoyées sur terrain par le ministre de l'Emploi et du Travail, à sa demande et à la demande, notamment, de l'intersyndical. Ils ont amorcé d'abord par une première phase, c'est de contrôler essentiellement dans le secteur du commerce, puisque c'est là où le secteur prétendait ne pas être en mesure d'appliquer les SMIG.

00:23:39: Djodjo Mulamba Souvent, on voit des travailleurs manifester, généralement.

00:23:44: Donat Bagula Il y a ces missions qui étaient lancées sur terrain il y a quelques semaines. Nous attendons les résultats de ces missions-là, avec une orientation de s'assurer déjà pour l'application de 14 500 pour tout le monde, c'est-à-dire passer en revue comment les salaires ont été payés jusque-là et essentiellement, jusqu'à fin décembre 2025. C'est sur base de ces résultats-là qu'on pourra voir et rediscuter pour comprendre les éventuelles difficultés d'application que rencontrerait tel ou tel autre secteur. Ça, c'est d'abord ce qui est en train d'être fait.

00:24:46: Donat Bagula En second lieu, c'est de réaffirmer. Comme ça a été dit ici par mes prédécesseurs, le SMIG est d'application par un bon nombre d'entreprises. Qui observe ça ? Souvent, je me demande pourquoi on doit parler de l'application du SMIG, puisque le SMIG, c'est le plancher. C'est-à-dire, nous comme gouvernement, ce n'est pas d'appliquer les 21 500, c'est de ne pas aller en deçà des 21 500 comme plancher en termes de justice sociale, en termes d'égalité et de donner les opportunités pour tous. C'est ça. On doit comprendre que le SMIG, ce n'est pas le SMIG qu'on doit appliquer, le SMIG tel qu'il est présenté, mais c'est le plancher en deçà duquel personne ne peut descendre.

00:25:53: Donat Bagula Si on prend ça dans ce contexte-là, on ne dirait pas qu'on n'applique pas le SMIG, mais on observe, puisque notre objectif, c'est d'aller au-delà de ce plancher-là. C'est ce que je peux dire.

00:26:09: Djodjo Mulamba Merci, monsieur le Secrétaire général. Maître Jules Kajingulu, mais au-delà des amendes — vous venez de parler des amendes, bien qu'elles ne sont pas aussi lourdes, ça dépend de la situation — mais le code du travail permet-il aux travailleurs de contraindre l'employeur sans risquer leur travail en cas de non-application du SMIG ?

00:26:35: Jules Kajingulu Je pense que bien avant de répondre à cette question, il faudra préciser parce que j'entends souvent les gens parler de 21 500.

00:26:45: Djodjo Mulamba Allez-y, maître.

00:26:46: Jules Kajingulu Il faut dire que le SMIG, les 21 500 francs congolais, c'est pour les manœuvres ordinaires. Mais le SMIG va de 21 500 jusqu'à 215 000 francs congolais par jour pour un cadre de collaboration échelon 4. Pour moi, je pense que cette réforme est une véritable révolution en faveur, bien sûr, des travailleurs, mais il faut opérer cette réforme avec beaucoup d'intelligence et beaucoup de responsabilités. Il faut donc, bien sûr, protéger les travailleurs, mais accompagner les entreprises qui sont en difficulté, qui ne sont pas en mesure d'appliquer ce SMIG.

00:27:21: Jules Kajingulu Le SMIG, on ne vous dit pas d'appliquer, mais on vous dit que vous ne pouvez pas franchir, ce sont des zones rouges infranchissables lorsque les travailleurs et l'employeur se mettent d'accord pour déterminer les salaires. Parce que la loi laisse la liberté de fixation de salaire aux deux parties, l'employeur et le travailleur. Mais l'État, en concertation avec les partenaires sociaux, vient dire que quand vous allez vous entendre dans votre contrat de travail, vous ne pouvez pas aller en deçà de ces montants ici. Pour une manœuvre ordinaire, vous ne pouvez pas lui payer un salaire journalier de moins de 21 500. Il vous est loisible d'aller au-delà.

00:28:01: Jules Kajingulu Lorsqu'on regarde certaines rémunérations, on voit déjà qu'il y a des cadres congolais qui touchent plus que ça. Pour répondre à votre question, au sein de chaque entreprise, normalement, une entreprise qui compte plus de 10 agents, la loi permet qu'on organise les syndicats. C'est le syndicat qui a reçu mission de pouvoir porter les revendications des travailleurs vis-à-vis de l'employeur. Parce qu'un seul travailleur, s'il commence à revendiquer pour lui-même, ça risque d'être compliqué pour lui. Mieux vaut engager une action collective au sein d'un syndicat pour pouvoir revendiquer auprès de l'employeur l'amélioration des conditions de travail, dans le respect du SMIG.

00:28:48: Djodjo Mulamba Mais dans des situations, comme madame Mireille a dit, où des entreprises qui sont dans l'informel, où les patrons s'érigent un peu en roi, souvent, les travailleurs sont un peu dans la difficulté, ils ne savent pas comment revendiquer, ils ne s'organisent même pas en syndicat.

00:29:02: Jules Kajingulu L'informel, c'est déjà en dehors de la loi. Vous voyez, c'est très compliqué. Il faudra commencer par formaliser ce qui est informel. Ça, c'est le travail de l'État. Nous avons l'État en face de nous. C'est le travail de l'État. Si l'État fait un effort pour ne serait-ce que formaliser, dénombrer, par exemple, le nombre des entreprises qui opèrent à Kinshasa, dénombrer seulement, connaître le nombre, les chiffres exacts des entreprises qui opèrent à Kinshasa, l'État pourra maintenant voir comment contrôler l'application des mesures qu'il prend. Mais si dès lors que l'État n'est pas encore en mesure de dénombrer, de donner au monde ou aux citoyens…

00:29:37: Jules Kajingulu À Kinshasa, nous avons 1 800 entreprises chiffrées, identifiées et dont les sièges sont connus. Là, ce sera très difficile. Donc, la question de l'informel reste encore un véritable travail à battre. Mais la question de ceux qui sont déjà dans le formel, le Secrétaire général l'a dit, même madame Kalume l'a dit aussi pour le compte des patrons. Il y en a au sein même du patronat qui applique déjà le SMIG. Ceux qui n'appliquent pas le SMIG, il appartient à l'État. L'objectif, moi, je pense, ce n'est pas d'abolir le décret portant le SMIG. C'est une véritable révolution, mais il faut savoir réformer, donc accompagner cette réforme avec des mesures protectrices des entreprises.

00:30:21: Djodjo Mulamba Merci Maître Kajingulu. Avant d'envisager l'avenir, nous restons sur ces bras de fer entre le coût de la vie et le coût de l'emploi. Je vais donner encore la parole aux acteurs de ces dialogues sociaux pour une réaction directe. Madame Kalume, je vais commencer avec vous. Entendez-vous l'urgence sociale ? Le SMIG est-il négociable selon la taille de l'entreprise ou est-ce une ligne rouge absolue ?

00:30:50: Mireille Kalume C'est une très bonne question. Nous pensons qu'effectivement tous les employeurs ne sont pas logés à la même enseigne. Il y a des secteurs qui sont économiquement forts. C'est le secteur extractif, le secteur des banques et assurances, notamment. Ce constat conduit à dire que… Il y a également la taille. Une PME n'est pas considérée comme une grande entreprise. Donc, cela nous a amené à proposer qu'il y ait des barèmes, comme c'est le cas dans d'autres pays, d'ailleurs, qui soient proposés par secteur. Je parle de barème. C'est-à-dire qu'on aurait de toute façon un SMIG national qui est par exemple, mettons 21 500, mais via des commissions paritaires, qui sont constituées aussi d'employeurs et de travailleurs. Par exemple, le secteur extractif, qui déjà appliquait 21 500, se porte très bien. OK, le barème dans le secteur extractif commencera à 25 000, par exemple. Par exemple, les PME qui sont les plus faibles, on resterait à 21 000. Vous comprendrez que ça ne marchera pas dans ce cas parce que pour les PME, c'est déjà difficile d'aller à ce palier-là, à l'heure actuelle.

00:32:07: Mireille Kalume Je pense que notre erreur également a été de ne pas, au départ, fixer plutôt le plus petit dénominateur commun à tous les secteurs, c'est-à-dire le plus petit SMIG qui soit supportable par le plus vulnérable d'entre nous, et à partir de là, maintenant, niveler à la hausse pour les secteurs les plus élevés. Dans l'exemple que je vous ai donné, puisque le SMIG est déjà élevé, vous comprendrez qu'il n'est pas possible pour une PME de faire autrement que de l'appliquer. Tandis que si on s'était dit, par exemple : « Le SMIG est à 16 500, mais via commissions paritaires, les banques, vous appliquez 25 000, les secteurs de services, vous appliquez 22 000, les PME, vous appliquez 16 000. » Vous voyez qu'on aurait favorisé les différentes tendances. Malheureusement, ça ne s'est pas passé comme ça. C'est pour répondre un peu à votre question.

00:33:00: Mireille Kalume Si vous me le permettez aussi, c'était la prise-

00:33:02: Djodjo Mulamba Allez-y, quelques petites minutes.

00:33:03: Mireille Kalume C'était la prise en considération de la question du SMIG dans une dimension holistique. C'est-à-dire qu'on a eu tendance à penser que seulement la question du SMIG va résoudre la question du pouvoir d'achat. Alors qu'à part le SMIG, il y a également la question du logement et du transport. Exemple, chaque fois qu'il y a augmentation de carburant, les employeurs se voient confrontés à une problématique, c'est que l'employeur qui est tenu de rembourser le transport consenti par le travailleur du domicile jusqu'au travail, inversement, les employeurs sont obligés d'engager des dépenses supplémentaires. Vous voyez donc que la question de la régulation du transport impacte sur les employeurs.

00:33:48: Djodjo Mulamba Il y a encore du travail à faire.

00:33:50: Mireille Kalume Voilà. Il y a ça, il y a la politique des prix aussi. Tant qu'il n'y a pas de politique de prix qui est assurée au niveau national, on aura beau donner du pouvoir d'achat via le SMIG, mais si on met le sac de farine parce que les entreprises locales ne sont pas compétitives, atteint, je ne sais pas, 100 dollars, vous verrez que le SMIG ne répond pas finalement à cette question. C'était vraiment prendre le SMIG dans sa dimension holistique.

00:34:14: Djodjo Mulamba Le gouvernement, vous avez bien entendu. Je vais me tourner vers monsieur Guy Kuku. Face aux arguments économiques des employeurs, est-ce que le syndicat est prêt à accepter une application progressive ou exiger une rupture totale immédiate ?

00:34:33: Guy Kuku

D'abord, merci, j'aime votre question. [inaudible: .

00:34:38: Djodjo Mulamba La négociation.

00:34:40: Guy Kuku Doit-on fixer un SMIG à la taille de chaque entreprise ou on doit voir les réalités ? Parce que d'abord, à quoi sert un salaire ? Le salaire a un caractère alimentaire, un caractère vital. On ne fixe pas un salaire en regardant qui peut payer, qui ne peut pas payer, dans aucun pays du monde. Madame Mireille est là, le Secrétaire général est là. Nous sommes membres de l'OIT. Chaque année, à Genève, on va faire des évaluations du progrès dans le domaine du travail dans le monde entier. Il y a des critères vitaux. On a bien dit, on fixe un salaire pour permettre quelqu'un à vivre, c'est-à-dire à manger, à dormir et à tout ça, mais on ne regarde pas qui va payer, qui ne va pas payer pour fixer. Sinon, ça n'existerait pas dans le monde et ce monde-là serait un monde d'enfer.

00:35:33: Guy Kuku Deuxièmement, même en Europe… Moi, je vais souvent dans deux pays, il y a la Belgique et la Suisse. Même en Suisse, tout le monde n'est pas en mesure de payer les SMIG. Maintenant, c'est à quelqu'un de voir : « Je ne suis pas en mesure de payer le SMIG. Dois-je engager le travailleur ou non ? » Mais je ne peux pas dire : « Je ne peux pas payer le SMIG, j'engage quand même le travailleur, mais je le paye à mon prix. » Parce qu'il va acheter dans quel magasin ?

00:36:07: Guy Kuku

Aujourd'hui, pourquoi on a annulé ? Peut-être madame Mireille n'a pas dit, les employeurs ont exigé que dans le secteur agricole, on fixe le SMAG, le salaire minimum interprofessionnel agricole. Mais le problème est que ceux qui travaillent là-bas vont acheter dans quel magasin ? Parce que dans leur magasin, il n'y a pas de prix de SMAG. On dit « Pour les travailleurs qui sont dans le secteur de SMAG, la bouteille d'eau ici, il est à 1 000 francs. Il est à 1 000 francs dans un magasin. » [inaudible: . « Tu viens d'où pour acheter cette bouteille ? Non, c'est 1 000 francs. Tu as 1 000 francs, tu l'achètes, tu n'en as pas, tu n'achètes pas. » Donc, il n'y aura pas de plus. Pour fixer les salaires dans le secteur agricole plus bas, il faut aussi prévoir que ces travailleurs-là aient aussi où ils doivent aller acheter leurs marchandises au plus bas.

00:36:57: Djodjo Mulamba Les salaires ont un caractère alimentaire.

00:37:00: Guy Kuku S'ils doivent faire face au même marché, au même prix, et quand vous leur donnez à eux, vous ne lui donnez pas 1 000 francs pour acheter la bouteille d'eau. Ça veut dire, vous lui dites : « Tu ne boiras pas de l'eau. » C'est ça que ça veut dire, en réalité. Deuxièmement, je vous dis que le SMIG répond à une politique internationale et aux objectifs ODD 2030. Les Nations Unies ont fixé des objectifs. L'union Africaine, auquel la RDC est membre, a adopté et a donné des directives à chaque pays que d'ici 2030…

00:37:38: Guy Kuku Parce qu'on a remarqué, en Afrique, il y a trop de pauvreté. Deuxièmement, il n'y a pas de classe moyenne C'est dû au salaire, qui sont des salaires de misère qu'on a entraînés depuis l'époque coloniale jusqu'à ce jour. Il y a des classes de privilégiés. Or, le monde s'est modernisé. Aujourd'hui, il n'y a pas de classes privilégiées, tout le monde a accès aux mêmes réalités. Je dois payer l'électricité. Que vous soyez directeur, que vous soyez sentinelle, vous devez payer votre électricité, vous devez payer votre carburant, vous devez payer votre loyer. Toutes ces notions sont en train de tomber.

00:38:16: Guy Kuku On doit réformer la vision de la vie moderne. C'est à cela que tout le monde est appelé à comprendre et à discuter. Nous discutons sur ces bases, pas parce que… Moi, si je ne sais pas engager un chauffeur, je ne peux pas dire : « Non, je dois engager un chauffeur. Le SMIG, je ne sais pas payer, mais mon chauffeur, je le paye à mon prix. » Je le paye à mon prix pour qu'il mange quoi ? Je le paye à mon prix. Madame a bien dit que les transports, à Kinshasa, par exemple, les transports, c'est un remboursement. OK ? Mais que vous payiez-

00:38:52: Djodjo Mulamba S'il vous plait, monsieur Guy Kuku. Pour vous, le syndicat, est prêt à accepter une application progressive du SMIG ?

00:39:00: Guy Kuku Il n'y a pas d'application progressive. D'abord, vous trouvez ce monde d'où ? Nous avons une loi, nous avons un contexte. N'inventez pas des choses. C'est comme si vous dites, autrement dit, il y a quelqu'un qui va dans un magasin, il veut acheter des lunettes. On dit : « Les lunettes, c'est 150 ». Il dit : « J'achète ça progressivement. » On lui dit : « monsieur, c'est le prix. Ici, on ne vend pas à crédit. » Soit, vous avez l'argent, vous achetez vos lunettes, vous partez. Si vous n'arrivez pas à rentrer chez vous, mais vous vous dites : « Non, il faut qu'on me vende ça à crédit. » Qui va vous vendre à crédit ?

00:39:35: Donat Bagula Ce que je-

00:39:36: Guy Kuku N'oubliez pas... Je termine.

00:39:38: Djodjo Mulamba Il le faut.

00:39:40: Guy Kuku N'oubliez pas que le salaire, c'est le prix que je fixe à mon employeur pour vendre mon travail. N'oubliez pas, il n'y a pas que les prix de leurs marchandises, il y a les prix du travail. C'est ça. Eux, dans leurs magasins, ils fixent les prix, ils ne demandent l'autorisation à personne. Le prix du travail, c'est là qu'il veut discuter. Son prix n'est pas discutable. Or, nous sommes dans les marchés du travail.

00:40:04: Djodjo Mulamba D'accord. Merci, monsieur Guy Kuku. Il n'y a pas d'application progressive. Madame, vous allez quelques petites secondes avant de passer au dernier acte.

00:40:14: Mireille Kalume Non, juste pour vraiment... Je pense qu'il n'y a pas eu une bonne compréhension. Donc, il n'est pas question de fixer un SMIG qui est différent selon la capacité. Il y a toujours un plancher commun. Ce plancher commun, c'est celui-là qui doit être bien fixé en fonction de ce que la loi prévoit, les besoins essentiels d'une famille. Comme on l'a dit au début, c'est les besoins en fonction du panier de la ménagère. Donc ça, c'est la base pour tout le monde. Maintenant, c'est de niveler les secteurs en fonction de la force, je dirais, économique des entreprises. Ça n'a rien à voir avec ce que monsieur Kuku explique.

00:40:49: Mireille Kalume C'est très important également. Pourquoi ? Parce qu'à partir du moment où on fixe un SMIG qui est très élevé, mais auquel les sociétés ou les individus ne savent pas répondre, ça pose un problème. Quand on sait qu'aujourd'hui, on veut formaliser, par exemple, le travail domestique et qu'on sait que chacun ici a, quelqu'un qui travaille chez soi à la maison, un chauffeur. Comment voulez-vous assurer cette politique quand le salaire le plus bas sera de 400 $ et qu'aujourd'hui, tout le monde n'est pas en mesure de payer ces 400 $ ? Quand un chauffeur, on devra le payer plus ou moins 600 $. Vous voyez que ça remet en question toute une série de mesures également qui sont envisagées par le gouvernement. C'est juste dans ce sens-là que je voulais compléter.

00:41:34: Djodjo Mulamba Merci pour votre contribution, madame. Nous allons passer au dernier acte, plaidoyer et solution. Je l'ai bien dit au début, ici, on ne peut pas se contenter de dénoncer. L'objectif de ce débat est aussi de construire. Si nous voulons qu'en décembre 2026, le SMIC de 21 500 francs congolais soit une norme et non une exception, que faut-il changer demain ? Madame et messieurs, voici l'heure de vos recommandations. Nous allons faire le tour de table. Une solution concrète par invité. Commençons avec le gouvernement, le garant de la norme et de l'application. Monsieur le Secrétaire général à l'emploi et du travail, quelle est votre recommandation ?

00:42:18: Donat Bagula Oui, d'abord, je voudrais dire ici qu'il n'y a pas une recommandation quelconque à faire ici, mais c'est plutôt rassurer les uns et les autres que le gouvernement a mis ensemble, a facilité les dialogues sociaux entre les partenaires sociaux, donc le bon employeur et le bon travailleur, dans un Conseil National du Travail Extraordinaire récemment au mois de février. Il y a eu des avancées puisqu'on a passé au peigne fin toutes ces questions telles qui est discutée ici par les différentes parties. Il y a eu de compréhensions mutuelles, notamment sur la réaffirmation du taux du SMIC.

00:43:20: Donat Bagula Les deux parties ont réaffirmé le 21 500 récemment ici, au mois de février, ils ont réaffirmé que les droits acquis des uns des autres sont intangibles. Donc, quel que soit ce qui peut être mis en place, personne ne peut être payé en deçà de ce qu'il était déjà en train de toucher pour plus de justice sociale, éviter des remous sociaux. En troisième lieu, les différentes parties se sont convenues qu'il y a un groupe pastoral qui a des difficultés sectorielles, mais qu'il faut, à défaut de subventionner, comme ça s'est fait ailleurs, qu'on puisse lui apporter des allégements tels que prévus par les codes du travail, de telle sorte que tout le monde s'arrime au SMIC tel que fixé.

00:44:27: Donat Bagula Tous ces éléments-là, puisque ça vient d'un compromis social entre les partenaires sociaux, le gouvernement a pris ces questions à charge et je pense que lors du dernier conseil de ministres d'avant-hier, le gouvernement a pris acte de ces éléments pour les couler dans un texte réglementaire de telle sorte que s'ils sont des allégements accordés au secteur agropastoral, que les différentes parties, secteurs, se conviennent de quel type d'allégement à accorder et qu'un décret soit signé dans ce sens-là. Que les droits acquis des travailleurs, aucun travailleur pour un réseau ou une autre, aucun employeur ne pourra dire qu'il va grignoter sur le salaire de telle ou telle pour telle ou telle raison. Il y a notamment ce décret qui sera pris incessamment pour garantir les uns les autres et garantir la paix sociale. C'est dans cette logique-là que nous sommes.

00:45:32: Djodjo Mulamba Merci, monsieur le Secrétaire général. Nous allons prendre monsieur le syndicaliste, monsieur Guy Kuku. Quel est votre plaidoyer ou une solution par rapport à ces sujets ?

00:45:47: Guy Kuku Je pense que le Secrétaire général l'a bien dit. Même au niveau du Conseil National, nous avons réglé cette problématique. La question après l'inquiétude des employeurs, nous tous, nous nous sommes même pris en charge. Pour votre information, nous avons créé même un cadre bipartite. Uniquement, nous avons exclu le gouvernement dans ce cadre-là. On est resté avec les employeurs pour dire : « Il y a des questions qu'on doit régler avec le gouvernement, on doit être ensemble. » Entre autres, les mesures d'allégement. En fait, le vrai problème, et nous l'avons répété 1 000 fois en négociation, que parfois, les employeurs posent mal leurs difficultés. Leurs difficultés, parce que tout le monde en réalité sait qu'avec les 21 000, ici, même madame Mireille était d'accord que personne ne peut vivre avec ça, en réalité. Personne ne peut vivre dans une famille de quatre... Donc, tu as deux enfants, mari et épouse, on vous donne 21 000.

00:46:48: Djodjo Mulamba 500 par jour.

00:46:49: Guy Kuku 500 pour vivre avec ça. Personne ne vit. Il y a plus que ça. La solution, on a dit : « Il y a des choses que le gouvernement doit faire pour ceux qui ne sont pas à mesure d'appliquer. » Notamment, il y avait plusieurs mesures qui devaient. Il y a la concurrence des pays frontaliers qui déversent leurs produits ici et que les opérateurs qui sont à l'intérieur de la RDC ne bénéficient pas de subvention ni de la protection de leurs investissements par rapport à cette concurrence. Pour ça, la solution, ce n'est pas de baisser les SMIG. Le problème, c'est que même si on baisse les SMIG, ces marchands-là continueront à entrer, on n'aura réglé aucun problème. Donc, on favorisera au contraire cela.

00:47:34: Guy Kuku La solution, c'était que le gouvernement prenne des mesures, soit subventionner, alléger certaines taxes, parce qu'aussi, l'Afrique a fait état de plusieurs taxes ou parfois pour les mêmes choses. Il faut qu'ils puissent lister toutes ces taxes comme le Secrétaire général a dit, qu'on présente au gouvernement dans ce secteur pour assainir : il faut nous alléger dans tel domaine, dans ceci, dans cela, et que les ministres sectoriels qui sont concernés par ces taxes puissent signer et prendre des mesures de manière à accompagner. C'est ça les résolutions que nous avions prises lors du CNT pour accompagner celles des entreprises qui ont des difficultés.

00:48:16: Djodjo Mulamba Merci monsieur Guy Kuku. Madame Mireille Kalume, qu'est-ce que le patronat a comme solution pour l'application du SMIG 2026 ?

00:48:27: Mireille Kalume Oui, je vous remercie pour la question. C'est vrai que c'est également important de remercier le ministre actuel de l'Emploi ainsi qu'au travers du secrétaire général, parce qu'effectivement, on voit une dynamique du gouvernement d'essayer de trouver une solution apaisée. Je pense que tout le monde a compris que la situation était critique et donc c'était important de le saluer. Monsieur Kuku a raison quand il dit qu'aujourd'hui, malheureusement, il y a des familles qui ne peuvent pas vivre avec ces 21 500 par jour. Encore, c'est très important de souligner qu'un travailleur ne bénéficie pas que de 21 500. Il a une obligation de recevoir le remboursement de son transport, les soins médicaux corrects, un logement digne et décent. Donc, c'est déjà pas mal de choses supplémentaires également.

00:49:17: Mireille Kalume Il y a le coût de la vie, il a très bien dit : « Il y a un travail à effectuer sur le coût de la vie et sur la compétitivité des entreprises. » On n'y reviendra pas. Il y a la formalisation du secteur informel, en réduisant le nombre de taxes. On a fait une étude récemment où on a comptabilisé plus ou moins 80 taxes communes que payent les entreprises, on va dire par an. Il y a un secteur qui était le secteur forestier qui vont jusqu'à 153 taxes par an, donc vous imaginez. Ce que les employeurs ont demandé, effectivement, c'est une mise en application progressive. Pourquoi ? Pour atténuer le choc.

00:49:57: Mireille Kalume Nous avons demandé 16 500 dans un premier temps, 19 500, ensuite 21 500, avec une nécessité qui est que la commission de suivi de l'application du SMIG soit effective, qu'elle puisse suivre la mise en application des différents paliers pour voir comment se comportent les entreprises, comment est-ce qu'elles réagissent finalement à ces applications progressives. C'était très importante. Enfin, nous avons demandé effectivement un SMAG. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, avec l'estimation que nous avons fait sur l'agriculture du maïs au Kasaï, un agriculteur produit 5 700 francs congolais par jour sur un hectare. 5 700 francs congolais par jour sur un hectare. Un hectare étant entretenu par un travailleur, vous demandez de payer 21 500 pour un travailleur alors que l'agriculteur produit 5 700 francs congolais. On peut faire le calcul ensemble. Ici, je pense qu'on en a parlé également à l'occasion du CNT. Voilà toutes les recommandations que nous avons faites en disant que les employeurs ne sont pas contre l'application du SMIG.

00:51:03: Djodjo Mulamba Merci. Maître Jules Kajingulu, quel est votre plaidoyer ? Et la solution à y apporter aussi.

00:51:14: Jules Kajingulu Je dois être très clair pour saluer davantage cette réforme et recommander qu'elle soit appliquée avec intelligence et responsabilité, comme j'y allais dire. Cette réforme est le résultat d'une concertation entre les partenaires sociaux et l'État. Puisque au cours de l'exécution de cette réforme, il se pose des questions. Les trois parties peuvent toujours se retrouver non pas pour abolir ce qui a été fait, de crainte de porter atteinte aux droits déjà acquis par les travailleurs, mais de voir dans quelle mesure accompagner les entreprises qui sont en difficulté, qui ne sont pas en mesure d'appliquer directement le SMIG tel que décrété par le décret du Premier ministre.

00:52:06: Jules Kajingulu Je pense que si on fait ça, on maintient les dialogues sociaux entre partenaires, les choses peuvent aller de l'avant. Si on ne peut pas exécuter directement, c'est-à-dire le SMIG tel que prévu, mais s'ils peuvent le faire, même de manière progressive, comme l'a dit le patronat tout à l'heure, je pense qu'on peut finalement aboutir à un climat apaisé. Mais dans tout cela, il y a aussi la question d'amélioration du climat des affaires pour permettre aux employeurs de se faire davantage de bénéfices qui peuvent leur permettre maintenant d'assumer avec responsabilité les charges sociales qu'ils ont. Voilà un peu de manière brève ce que je peux dire. Donc, maintenir le climat social, mais continuer davantage à vulgariser les décrets. On doit l'appliquer, mais avec responsabilité et intelligence.

00:53:00: Djodjo Mulamba Merci pour vos solutions, vos plaidoyers. Le débat ne s'arrête pas ici. Il n'est fait que commencer dans vos entreprises et vos foyers. Merci à nos invités. Je rappelle, j'ai reçu Messieurs les Secrétaires Générales en l'emploi, monsieur Donna Bagula, monsieur le président de CDT et membres de l'intersyndical, monsieur Guy Kuku. J'ai reçu aussi madame Mireille Kalume, administratrice à la FEC et entrepreneur, et puis Maître Jules Kajingulu comme invité. Merci surtout pour votre franchise. Moi, c'est Djodjo Mulamba. J'étais avec vous en direct du Studio Fritz. Merci pour la FES aussi, la Friedrich-Ebert-Stiftung. Restez à l'écoute et surtout, faites valoir vos droits. À très bientôt.

00:54:00: Voix off Les rêves des léopards rouges, politiques et sociétés en RDC. Un podcast de la Fondation Friedrich-Ebert. Production : John Makasi, Régie : Constantin Grund

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