11 | La Kongocratie
Des notes d'épisodes
Certains observateurs voient dans l'histoire politique de la République Démocratique du Congo une simple succession de crises. Est-ce exact ? Dans l'épisode 11 de "Les rêves des léopards rouges" nous discutons avec Alphonse Shotsha Omanga des défis liés à la gouvernance politique du plus grand pays d'Afrique centrale. Il propose une refonte en profondeur du système politique et de ses institutions, qu'il résume sous le terme de « Kongocratie ». Nous nous sommes renseignés sur ce que cela signifie exactement. Enregistrement du 21 août 2026 au Studio Fritz à Kinshasa. Animation : Constantin Grund (FES). Production: John Makasi (FES).
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00:00:00: Orateur 1 Qu'est-ce qui ne va pas dans la gouvernance en RDC ? La Kongocratie est-elle la solution ? Les rêves des léopards rouges. Un podcast de la Fondation Friedrich-Ebert. Depuis le Studio Fritz, à Kinshasa, Constantin Grund.
00:00:17: Constantin Grund Nous aborderons aujourd'hui un sujet à la fois urgent, mais plutôt important pour mieux comprendre l'actualité politique ici en RDC. Nous avons le plaisir, nous sommes honorés de nous trouver en présence de monsieur Alphonse Shotsha Omanga, chercheur indépendant diplômé de l'Unikin, coordinateur du Centre d'études Eureka Consult, qui est actuellement aussi également auteur de livres récemment sortis intitulés : La Kongocratie : un modèle de gouvernance équilibré et légitime pour un Congo stable.
00:00:48: Constantin Grund Nous profitons de cette rencontre ce matin, le 21 août 2026, pour parler des vraies sources de problèmes, s'il y en a, des incidents, des dynamiques historiques, des tendances politiques, mais surtout et bien sûr, des solutions à court et moyen terme pour un Congo uni et prospère, parce que c'est cela que nous espérons tous pour la RDC. Avant de parler de votre livre, monsieur Alphonse, commençons donc avec un aperçu de la situation actuelle. Est-ce que la RDC est en crise actuellement ?
00:01:21: Alphonse Shotsha Omanga Déjà, merci beaucoup, monsieur Constantin. Je remercie la Fondation Friedrich-Ebert, ici représentée en République démocratique du Congo, pour l'opportunité que vous m'offrez de passer aujourd'hui sur votre média. En essayant d'aborder la question que vous me posez pour savoir si réellement la République démocratique est en crise, laissez-moi vous confirmer la situation générale de la République démocratique du Congo, ici, est en crise. La crise, elle est sécuritaire, déjà, parce que notre pays est agressé à l'est de la République démocratique du Congo par les groupes armés, le M23 et l'AFC. C'est une crise. Si nous ne pouvons pas parler de cette crise, nous serions malhonnêtes envers la République démocratique du Congo. C'est une crise sécuritaire qui date de plus de deux ans maintenant. C'est une crise.
00:02:26: Alphonse Shotsha Omanga Par contre, sur le plan politique, on ne peut pas évoquer une crise, c'est plutôt les tensions normales pour l'évolution d'une politique dans un pays. Il y a des débats houleux autour de la Constitution, de la révision ou du changement de la Constitution, mais aussi de l'organisation du référendum. En tout cas, ça, on ne classe pas parmi les crises, mais ce sont des débats pour l'évolution normale de la politique nationale en République démocratique du Congo.
00:03:00: Constantin Grund Vous échappez la question : est-ce que la RDC est en crise politique actuellement ?
00:03:04: Alphonse Shotsha Omanga Je l'ai dit tantôt, la crise politique, je dirais non, mais des divergences en termes d'opinion sur la question relative à la Constitution. Il y a ceux qui pensent qu'il faudrait, qu'il est opportun de changer la Constitution ou d'apporter des modifications profondes, et d'autres qui s'opposent. Cette question, c'est dans le cadre du fonctionnement normal de la politique. Évoquer une crise en ce moment ici, c'est mettre la charrue devant le bœuf. Jusqu'à présent, il n'y a pas de crise politique, mais il y a divergence d'opinion sur une question relative, la question relative à la Constitution.
00:03:52: Constantin Grund Comment vous définissez une crise politique ? Parce qu'on a un Parlement élu, on a un président élu, on a une Cour constitutionnelle qui fonctionne. C'est où la crise ?
00:04:03: Alphonse Shotsha Omanga La crise, de façon générale, la crise, c'est la rupture du fonctionnement normal des institutions. C'est en ce moment-là que nous allons évoquer la crise. En ce moment, nous avons des institutions qui fonctionnent normalement. Il n'y a pas de crise interinstitutionnelle. Il y a le Parlement qui fonctionne normalement. Il y a un gouvernement, il y a les cours et tribunaux, il y a aussi des institutions d'appui à la démocratie qui fonctionnent normalement. Évoquer une crise, c'est en tout cas déformer la vraie réalité politique en République démocratique du Congo en ce moment opportun.
00:04:45: Constantin Grund Dans votre livre, vous faites référence à un certain gap entre la culture politique, ici en RDC, et ce que le pays s'est donné en termes de constitution. Et là, je parle de pluriel. Quel est le problème ?
00:05:03: Alphonse Shotsha Omanga Là, ce n'est pas actuel, c'est inscrit en durée. Dans notre livre intitulé La kongocratie qui vient de paraître, je vous remercie déjà pour la publication du policy paper dans le catalogue de la fondation. C'est un apport considérable que vous avez apporté à notre livre. Dans notre livre, nous ne traitons pas une question actuelle et d'actualité. Nous sommes inscrits à la longueur de temps. Nous partons de 1960 à 2006, parce que c'est en 2006 que la nouvelle Constitution avait été promulguée. L'organisation du référendum, c'était en 2005. C'est en 2006 que la Constitution avait été promulguée. De 1960 à ce jour, la République démocratique du Congo a expérimenté trois types de régimes politiques classiques. De 1960 à 1965, c'était le régime parlementaire. De 1965 à 1997, c'était le régime présidentiel, bien qu'ayant muté vers le présidentialisme. De 2006 à ce jour, nous expérimentons le régime semi-présidentiel. Dans notre livre, qu'est-ce que nous traitons de la culture politique ?
00:06:38: Alphonse Shotsha Omanga Déjà, par définition, la culture politique, c'est la manière d'agir ou de réagir d'un peuple face à une situation politique. De façon classique, on en distingue trois : la culture paroissiale, la culture de sujétion et la culture de participation. Ces trois régimes appliqués en République démocratique du Congo, nous avons observé, nous sommes rendu compte de la distance qui existe entre les modèles qui sont conçus pour des sociétés étrangères, parce que le régime parlementaire, comme on se le dit, c'est un modèle anglais conçu avec des réalités du peuple anglais, avec leur propre culture politique, leur configuration politique propre. Le régime présidentiel, c'est un régime américain conçu pour être appliqué aux États-Unis d'Amérique sur le peuple américain disposant d'une culture politique propre à leur mode de vie. Et le régime semi-présidentiel, c'est juste un mélange, un juste milieu entre le régime parlementaire et le régime présidentiel. C'est aussi français. C'est Maurice Duverger qui a mis en avant ce régime, c'est un Français. Lorsqu'il concevait ce régime, il le concevait en ayant en lui l'idée du peuple français, de leur culture politique, de leurs habitudes.
00:08:10: Alphonse Shotsha Omanga Nous, en République démocratique du Congo, par contre, nous avons notre culture propre. Nous avons nos réalités propres, nous avons aussi notre histoire propre. Je ne vais pas accuser ceux qui ont opté pour les différents régimes politiques, mais je me rends compte que c'était une sorte de loterie. C'est-à-dire, ils sont là, devant trois régimes classiques, ils se disent : Parmi les trois, on choisit lequel ? En 1960, ils ont opté pour le parlementaire sans faire le diagnostic profond sur la culture politique du peuple congolais qui venait à peine de sortir de la colonisation sans une maturité politique accrue.
00:08:57: Alphonse Shotsha Omanga On nous a donné un régime où on se retrouve en face d'un président qui est élu au second degré par un Parlement dont le leader, serait le Premier ministre, c'était une sorte de confusion exceptionnelle et ça n'a pas tardé à barder. Juste une année après, il y a eu l'assassinat d'un Premier ministre. Nous déplorons cet événement. Quelque temps après, le même problème, lorsqu'on nomme Moïse Tshombe Premier ministre, le même problème de cohabitation pacifique entre le président de la République et le Premier ministre refait surface. Les mêmes causes vont reproduire les mêmes effets. Il y a bouleversement, incompréhension entre le président de la République et le Premier ministre. C'est comme ça que nous avons connu en 1965, le premier coup d'État.
00:09:56: Alphonse Shotsha Omanga Vous comprenez que l'écart entre ce que le texte prévoit et la culture politique, c'est un élément de taille pour déterminer en longueur, en durée, un régime politique. Vous comprenez déjà, ça, c'est pour le premier régime. Je pense que nous en parlerons pour d'autres régimes qui vont suivre.
00:10:20: Constantin Grund Ce qui m'a frappé lors de la lecture de votre livre, c'est l'élément de manque de confiance ici en RDC, soit à l'intérieur de l'appareil politique, soit de la part des citoyens vis-à-vis du décideur ou ceux qui réclament faire partie de la gouvernance du pays. C'est où le point d'origine de cette méfiance profonde dans la société congolaise ?
00:10:51: Alphonse Shotsha Omanga Merci beaucoup. Nous avons parlé de l'absence de confiance entre institutions, donc entre acteurs politiques entre eux, mais aussi des citoyens envers les acteurs politiques. C'est une sorte de cercle vicieux où, en tout cas, la confiance n'est pas totale dans la gouvernance. On peut le constater aujourd'hui. La participation politique du peuple congolais est conditionnelle. Le citoyen congolais adhère activement au programme soutenu par le gouvernement lorsqu'ils ont des intérêts à protéger ou lorsqu'ils attendent quelque chose en retour sur ce projet-là. Ce qui suppose que la confiance, elle est conditionnelle, l'adhésion aussi à des programmes de gouvernance est conditionnelle. Pourquoi cette réalité apparaît ? Parce que la réalité politique congolaise, elle est multipartite.
00:12:00: Alphonse Shotsha Omanga On se retrouve en face d'un système politique qui admet le multipartisme politique. Connaissant la réalité des partis politiques en République démocratique du Congo étant sociologiquement liés à l'appartenance tribale et ethnique de leurs leaders. La socialisation passe par le nom des acteurs que par le projet. C'est ainsi que vous allez vous rendre compte, il y a plusieurs leaders qui se présentent en face des citoyens. La confiance, je la place sur une personne qui porte le même nom que moi, la personne avec laquelle nous partageons le même espace géographique. Vous voyez qu'en face de plusieurs tendances, il y a une faible participation et la confiance, elle est beaucoup plus placée aux personnes que nous connaissons, des tribus ou de l'appartenance régionale. Entre acteurs, c'est la question d'exclusion dans la gouvernance. On a plus confiance lorsqu'on est dans les institutions que lorsqu'on est à l'extérieur des institutions.
00:13:11: Alphonse Shotsha Omanga Une personne qui n'a pas confiance en vous aujourd'hui parce qu'il est extra-institutionnel, il suffit qu'il rentre dans les institutions et du coup, il vous fait confiance. C'est comme ça que nous avons parlé de cette ambiguïté en termes de confiance politique de la part des acteurs entre eux, mais aussi de la part des citoyens envers les acteurs.
00:13:34: Constantin Grund Comment la kongocratie va régler le problème ?
00:13:37: Alphonse Shotsha Omanga La kongocratie vient répondre principalement à deux questions. La première question, c'est la question de savoir pourquoi cette instabilité politique en République démocratique du Congo est devenue presque chronique. La deuxième question principale, c'est celle de savoir comment faire pour que ces crises, ces problèmes soient éradiqués. La kongocratie vient répondre à ces problèmes de manque de confiance, manque de cohésion nationale, d'exclusivité et de l'absence de légitimité. Elle vient répondre à ces problèmes parce que dans la mesure où nous, avec la kongocratie, nous concevons un régime politique qui est ancré dans la culture politique du peuple congolais.
00:14:29: Alphonse Shotsha Omanga Nous avons essayé de diagnostiquer, d'analyser réellement le régime politique ainsi que la mentalité et la culture politique du peuple congolais. On s'est rendu compte du paternalisme accru dans la culture politique du peuple congolais, le paternalisme. Et aussi, on a parlé de la légitimité ultra-absolue. C'est une question très importante. La légitimité, c'est le matelas sur lequel un pouvoir politique peut s'établir confortablement.
00:15:03: Constantin Grund Et ce n'est pas les élections ?
00:15:05: Alphonse Shotsha Omanga Les élections sont un moyen de légitimation d'un pouvoir. C'est ça. Démocratiquement parlant, les élections viennent donner la légitimité aux dirigeants. Il n'y a pas de différence entre légitimité et élection dans un régime démocratique, parce que la kongocratie, qu'on se le dise, n'est pas un régime extra-démocratique, c'est un régime de démocratie consensuelle. Nous partons de la gouvernance sur base d'un consensus trouvé entre acteurs. C'est pour cela, c'est une proposition, c'est une thèse que nous soutenons, d'une présidence à trois. Ces trois membres de la présidence seront tous issus des élections. La liste électorale, le premier venu, le premier candidat mieux élu est le président. Le deuxième mieux élu est le premier vice-président, et le troisième mieux élu est le deuxième vice-président. Cette logique, elle est pour combler cette réalité que nous voyons souvent en République démocratique du Congo de l'incapacité ou soit la difficulté pour un candidat d'obtenir la majorité absolue lors des élections présidentielles.
00:16:31: Alphonse Shotsha Omanga Voilà un peu comment la kongocratie viendra résoudre la question de l'absence de légitimité populaire, parce que la loi peut encadrer la légitimité. La légitimité en soi, elle est sociologique. Le droit ne peut pas s'en passer de la sociologie pour dire : « Nous accordons cinq ans de légitimité » alors que le peuple en a marre de ce gouvernement. La légitimité étant un phénomène ou un fait sociologique, dans la kongocratie, on a essayé de voir comment on peut contourner cette logique de président élu avec moins de voix que les voix qui sont restées en dehors des institutions.
00:17:13: Constantin Grund Le régime actuel, là, je parle de la situation ici en RDC, il n'y a déjà pas des éléments de consensus et de consultations suffisamment bien établis, le Conseil économique et social, entre autres, qui donnent déjà l'opportunité de trouver ce consensus national sur lequel vous parlez ?
00:17:33: Alphonse Shotsha Omanga Oui, il y a des institutions, bien sûr, comme vous le dites, mais monsieur Constantin, vous pouvez le constater. Ça paraît une tautologie, Constantin, constater, mais c'est dans le discours. Vous pouvez vous rendre compte, depuis 2006, avec la promulgation de cette Constitution, les crises politiques n'ont jamais été éradiquées. Juste après les élections de 2006, on a observé des coalitions, l'AMP et ainsi de suite. En 2011, juste après les élections, pourquoi les politiciens congolais recourent toujours à des dialogues si réellement ces institutions-là réglaient la question de la légitimité ou des consensus ? Le dialogue, c'est un moyen extra-constitutionnel. Pourquoi toujours en République démocratique du Congo, vous entendez parler des dialogues ? Le dialogue n'est rien d'autre qu'un moyen d'élargissement de la majorité ou soit de la légitimité. Un acteur politique qui se sent coincé, qui perd la légitimité, recourt souvent à un dialogue pour essayer d'élargir le manche, attirer quelques-uns de l'opposition. C'est ce qu'on a parlé ici de débauchage.
00:18:52: Alphonse Shotsha Omanga Cette réalité, si réellement ces institutions dont vous faites allusion résolvaient la question du consensus, on ne pouvait pas parler de débauchage depuis 2006. La réalité politique nous prouve le contraire. On fait toujours allusion à des débauchages, à des transferts d'acteurs politiques que nous avons parlé du mercato politique. À chaque cycle électoral, après la publication des résultats, nous assistons toujours à des mercatos politiques, des acteurs qui étaient dans tel ou tel coin politique, qui font des transferts pour essayer un peu de combler cette question de légitimité.
00:19:35: Constantin Grund Est-ce que c'est si grave que ça ? Ça se fait partout, un peu dans le monde, on dirait.
00:19:39: Alphonse Shotsha Omanga Ça se fait partout, mais ce n'est pas comme en République démocratique du Congo. Chez nous, il y a une dose d'excès. Il y a toujours un excès dans ce qu'on fait. Si vous rendez compte, partout ailleurs, ça se fait sur base d'idéologies et de compréhensions de projets de société. Ici, chez nous, c'est en termes d'opportunisme politique et de positionnement politique.
00:20:02: Constantin Grund Quelle est la particularité de la kongocratie à cet égard ?
00:20:06: Alphonse Shotsha Omanga La kongocratie vient constitutionnaliser le consensus politique. Au lieu d'attendre qu'une crise surgisse pour recourir à des consensus, à des résolutions de problèmes, la kongocratie vient constitutionnaliser. C'est-à-dire, avant même que la crise ne surgisse, la kongocratie a déjà résolu le problème en amont en essayant de mettre ensemble tous les trois principaux candidats président de la République avec l'obtention d'un seuil de 80 %. Vous voyez déjà qu'un consensus trouvé, un large consensus de 80 %, en tout cas, il y aura moins de contestations, moins de problèmes dans la gouvernance et c'est résolu dans la Constitution. Ça ne sera plus un cas particulier d'acteur politique. Il se sent coincé, là, il va appeler les gens pour venir travailler avec lui. C'est un peu ça, c'est la particularité. Nous constitutionnalisons le consensus, le projet de société. Le projet de société, le programme de gouvernance qui est établi, il est fait sur base du consensus avec la répartition des quotas de chaque participant, soit de chaque membre de l'espace présidentiel.
00:21:26: Constantin Grund Un consensus, en principe, c'est une bonne chose. À partir de quel moment le régime ne risquerait pas de s'autobloquer ?
00:21:37: Alphonse Shotsha Omanga Si nous ne parlons pas des risques de blocage avec la kongocratie, ça serait malhonnête parce que lorsque vous avez trois leaders autour de la même présidence, il y a toujours des tentatives de contrôle de pouvoir ainsi de suite. Nous avons pensé à cette réalité. C'est pour cela, nous avons, dans la kongocratie, mis en place une institution que nous avons appelée le Conseil National du Consensus. Le Conseil National du Consensus, c'est un élément régulateur de conflits qui pourraient surgir dans l'interprétation du consensus global de gouvernance.
00:22:23: Constantin Grund Monsieur Alphonse, avant de continuer, nous allons maintenant faire un petit quiz avec vous sur 10 questions, s'il vous plaît, auxquelles vous devrez tous répondre par oui ou par non. Pas de droit à d'autres réponses. OK ? Vous êtes prêt ?
00:22:39: Alphonse Shotsha Omanga Oui, je suis prêt.
00:22:40: Constantin Grund Très bien. Écrire un livre, c'est amusant.
00:22:48: Alphonse Shotsha Omanga Je suis coincé. Comment je dirais oui ou non directement alors que c'est une question... L'amusement, dans quel sens, monsieur Constantin ? Essayez un peu d'éclaircir, s'il vous plaît.
00:23:02: Constantin Grund Je reformule la question. Écrire un livre, c'est simple.
00:23:07: Alphonse Shotsha Omanga Non, ce n'est pas simple.
00:23:09: Constantin Grund La RDC, l'Allemagne d'Afrique ?
00:23:14: Alphonse Shotsha Omanga Pas encore.
00:23:16: Constantin Grund Les Européens, c'est fini pour eux en RDC ?
00:23:21: Alphonse Shotsha Omanga Non.
00:23:22: Constantin Grund Au Congo, est-il facile de devenir riche ?
00:23:25: Alphonse Shotsha Omanga Devenir riche au Congo, ce n'est pas facile.
00:23:33: Constantin Grund Devenir riche au Congo implique de devoir commettre des actes illégaux.
00:23:40: Alphonse Shotsha Omanga Non.
00:23:41: Constantin Grund En politique, on ment trop ?
00:23:45: Alphonse Shotsha Omanga En politique congolaise ? Oui.
00:23:50: Constantin Grund Le mensonge fait partie intégrante de la politique.
00:23:54: Alphonse Shotsha Omanga Je suis politologue, je dirai non.
00:23:58: Constantin Grund La balkanisation du Congo est un danger réel ?
00:24:01: Alphonse Shotsha Omanga Oui.
00:24:02: Constantin Grund Il y aura un référendum constitutionnel au Congo en 2027 ?
00:24:08: Alphonse Shotsha Omanga Ça, ça devient une prophétie. Je dirais oui, parce que la loi référendaire est en plein examen. Donc, je pense que si elle passe, on va organiser le référendum.
00:24:28: Constantin Grund Oui ou non ?
00:24:29: Alphonse Shotsha Omanga Pardon, oui.
00:24:30: Constantin Grund Le Congo organisera des élections présidentielles en 2028.
00:24:36: Alphonse Shotsha Omanga C'est... Oui. Oui.
00:24:47: Constantin Grund Là, on n'est pas convaincu.
00:24:51: Alphonse Shotsha Omanga C'est ce que je suis en train de dire, ça devient prophétique. Là, on va prophétiser et je dirai oui, on va organiser des élections présidentielles en 2028.
00:25:03: Constantin Grund Très bien, je vous remercie. J'avoue, j'ai triché un peu, c'était 11 questions, pas 10. Je vous remercie quand même. On va simplement rester là et revenons un peu au sujet principal de la discussion.
00:25:14: Alphonse Shotsha Omanga Merci beaucoup.
00:25:14: Constantin Grund Pratiquement, toutes les études menées sur l'évolution de la démocratie vont actuellement dans le même sens. Les régimes autoritaires ont le vent en poupe, tandis que les démocraties sont occupées dans des luttes défensives. Qu'en pensez-vous ? La démocratie est-elle un modèle dépassé ?
00:25:34: Alphonse Shotsha Omanga La démocratie, ce n'est pas un régime déjà, la démocratie, c'est un ensemble de principes. C'est un fait de principes. On ne parle pas du dépassement de principes. Le principe n'expire pas. La question, c'est de savoir de quelle manière la démocratie est appliquée. C'est dans ce contexte que la kongocratie vient répondre à la question d'adaptation du régime politique à la culture politique, aux réalités politiques, mais aussi à l'histoire politique de chaque pays. La démocratie, on ne peut pas dire qu'elle est dépassée. Il faut plutôt essayer de l'adapter par rapport aux conditions qui sont sur le terrain.
00:26:24: Constantin Grund Est-ce qu'il existe une chose comme une démocratie à l'africaine ?
00:26:30: Alphonse Shotsha Omanga La démocratie à l'africaine, c'est ce que nos prédécesseurs ont parlé du présidentialisme. C'est-à-dire cette envie de vouloir tout contrôler de la part des dirigeants africains, cette envie de ne pas laisser le pouvoir au moment opportun. C'est en fait ça qui fait penser à une démocratie à l'africaine. Sur le plan de la forme, on parle de la démocratie. Mais en réalité, dans le fond, on se sent plus dans un régime autoritaire, dans une dynastie, dans un royaume qui est juste masqué par le concept ou soit le terme démocratie. C'est un peu ça. En tout cas, la démocratie à l'africaine n'existe pas. La démocratie, elle est unique. Soit, vous êtes dans la démocratie, soit vous ne l'êtes pas.
00:27:34: Constantin Grund Est-ce que les Congolais veulent la démocratie ou pas ?
00:27:38: Alphonse Shotsha Omanga Bien sûr que oui. Vous n'avez qu'à voir l'engouement des citoyens congolais à chaque fois qu'il s'agit d'une question politique, d'un débat ouvert sur la gestion ou la gouvernance de la République démocratique du Congo, vous sentez une certaine participation, bien qu'elle soit limitée sur le plan d'appartenance politique et tribale. Vous sentez quand même, il y a un engouement. La démocratie, c'est le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple. En République démocratique du Congo, on expérimente petit à petit cette démocratie.
00:28:17: Constantin Grund Parfois, j'ai l'impression quand on discute de la démocratie, le développement démocratique, à l'origine des choses, quelqu'un a fait une fausse promesse en égalisant la démocratie avec la richesse économique. Si quelqu'un pose la question : « Vous voulez la démocratie ou vous voulez le développement ? » (Cela veut dire que tout le monde va également devenir riche.) La réponse est facile à faire.
00:28:45: Alphonse Shotsha Omanga Déjà, laissez-moi clarifier quelque chose. Un régime politique ne développe pas un pays. C'est une évidence, un régime politique ne fait pas croître l'économie d'un pays. Il offre plutôt un cadre institutionnel plus stable qui permette à ce que le projet dans les différents secteurs soit mieux implémenté, pourvu qu'il y ait une croissance en termes économiques, une adhésion ou soit une inclusion sociologique ou sociale. C'est un peu ça. Un régime politique, même la kongocratie, comme nous sommes en train de le présenter aujourd'hui, on ne va pas faire une promesse fallacieuse de dire que, « Optons pour la kongocratie parce qu'elle va développer la République démocratique du Congo. » Non. Par contre, la kongocratie va offrir un matelas sur lequel on pourra bien stabiliser les institutions, assurer la cohésion nationale, et dans la cohésion, lorsque toutes les parties sont ensemble et travaillent pour une cause commune, il y a toujours évolution, et sur le plan économique, les retombées seront visibles.
00:30:02: Constantin Grund Il y a quelques semaines, on a eu le président de la Ligue des jeunes de l'UDPS, son Excellence Yves Bunkulu, ici, qui disait : « Il est trop tôt de fêter la fin de la démocratie en RDC. »
00:30:15: Alphonse Shotsha Omanga Je ne sais pas dans quel contexte il parle de la fin de la démocratie, parce que la démocratie, c'est le moindre mal de régime politique. C'est le régime le plus accepté, c'est l'ensemble de principes le plus accepté dans la gouvernance d'un pays. Parce que ceux qui ont vécu les années ‘65 - ‘97 ne vous diront pas qu'ils ont encore besoin d'expérimenter un régime dictatorial ou autoritaire, ici, en République démocratique du Congo. Je ne sais pas dans quel contexte il a parlé. J'aimerais bien discuter avec lui pour essayer d'approfondir. Mais parler de la fin de la démocratie, c'est presque suicidaire, je le dis.
00:31:02: Constantin Grund On peut approfondir ce débat lors d'une prochaine discussion ici, bien sûr, chez nous. Supposons une minute, un scénario dans lequel vous trouvez dans une pièce avec des décideurs de la République, le président de la République, le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat et le président de la Cour constitutionnelle. Donc, vous êtes à cinq, Alphonse, et les quatre présidents vous écoutent. Quelle serait la seule et unique proposition que vous aimeriez leur faire accepter ?
00:31:38: Alphonse Shotsha Omanga Ça serait d'appliquer la kongocratie en République démocratique du Congo, adopter la kongocratie et ça permettra à ce que le pays puisse retrouver, ne serait-ce que la stabilité institutionnelle et politique, afin de voir comment élaborer d'autres projets qui amèneront l'émergence en République démocratique du Congo. La seule proposition, actuellement, que je peux faire aux animateurs des institutions de la République démocratique du Congo, c'est d'adopter la kongocratie comme mode de gouvernance en République démocratique du Congo pour une stabilité et un Congo prospère.
00:32:20: Constantin Grund Mais pour ça, il faut qu'ils lisent votre livre.
00:32:22: Alphonse Shotsha Omanga Effectivement, pour ça, il faut qu'ils lisent notre livre.
00:32:26: Constantin Grund Si on n'a pas encore lu votre livre, est-ce qu'il y a une opportunité aussi pour faire connaissance avec le contenu ?
00:32:32: Alphonse Shotsha Omanga Je profite de l'occasion pour annoncer la cérémonie de vernissage de notre livre, avec l'accompagnement, bien sûr, de la Fondation FES, qui aura lieu le 28 août 2026 au CEPAS. Ce sera à partir de 11h00. Nous inviterons toutes les personnes qui sont animées par le souci de la lecture et des découvertes à venir pour cette manifestation.
00:33:09: Constantin Grund C'est gratuit, c'est payant, c'est comment ?
00:33:11: Alphonse Shotsha Omanga L'accès est gratuit dans la salle, sauf que c'est le livre qui sera vendu. C'est une opportunité, une occasion pour moi de lancer cet appel dans votre plateau. Les animateurs des institutions de la République démocratique du Congo entendent ne serait-ce que l'apparition de ce livre, la kongocratie, qui propose un modèle de gouvernance plus consensuel, qui assurerait l'inclusivité, la cohésion nationale, le consensus dans le gouvernement. C'est un appel que je lance à travers cette grande chaîne pour que ma voix puisse être entendue par les décideurs de la République démocratique du Congo, mais aussi par tous les décideurs du monde.
00:34:02: Constantin Grund On doit malheureusement chuter bientôt… Peut-être, vous pouvez terminer une phrase que je vais commencer pour vous. Dans 25 ans, la RDC est un pays où…
00:34:15: Alphonse Shotsha Omanga Règne la paix.
00:34:17: Constantin Grund Très bien. Je vous remercie, monsieur Alphonse Shotsha Omanga, coordinateur du Centre d'études Eureka Consult, qui est auteur du livre récemment sorti, intitulé : La kongocratie, un modèle de gouvernance équilibré et légitime pour un Congo stable. Voilà, c'est ça le titre. Merci beaucoup pour vos impressions intéressantes de ce matin. Pour vous, chers auditeurs qui n'ont pas nécessairement le temps de lire un livre entier, vous trouverez une version abrégée dans notre bibliothèque, ici à la FES, sous congo.fes.de. C'est tout pour le moment. Nous serons bientôt de retour ici pour l'actualité en RDC, depuis le Studio Fritz à Kinshasa. Au revoir et à bientôt.
00:35:01: Orateur 1 Les rêves des léopards rouges. Politique et société en RDC. Un podcast de la Fondation Friedrich-Ebert. Production : John Macassy.
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